Economie - Editoriaux - 19 juin 2019

Assurance chômage : les cadres sacrifiés par la réforme de l’UNEDIC ?

Le Premier ministre vient enfin d’annoncer des mesures pour rééquilibrer les comptes de l’UNEDIC, l’organisme qui paye les allocations chômage. Le montant de la dette de ce dernier dépasse les 35 milliards pour des dépenses annuelles de 38,4 milliards et un déficit annuel de 3,4 milliards. La situation ne pouvait pas durer plus longtemps ; les partenaires sociaux ayant échoué à se mettre d’accord, l’exécutif a repris la main pour imposer sa réforme.

La principale mesure consiste à exiger des demandeurs d’emploi d’avoir travaillé 6 mois sur les 24 derniers (au lieu de 4 sur 28) pour être indemnisés. Les conditions de « rechargement » seront durcies : il faudra avoir eu un emploi pendant 6 mois durant son année de chômage (au lieu d’un seul) pour recharger ses droits d’autant. Nous connaissons tous des personnes qui calculaient finement leurs droits et n’acceptaient que des missions d’intérim courtes et minimales pour avoir un revenu un peu en dessous du SMIC tout en restant la moitié du temps chez soi. Ce petit arrangement deviendra impossible.

De même, en principe, personne ne pourra percevoir une indemnité de l’UNEDIC supérieure à son ancien salaire (un chômeur indemnisé sur cinq était, paraît-il, dans ce cas). Autre tour de vis, les cadres licenciés qui perçoivent plus de 4.500 euros par mois verront leurs indemnités diminuer de 30 % à partir du sixième mois, avec un minimum de 2.261 euros et une exemption pour les cadres âgés de plus de 57 ans.

Selon une étude, opportunément mise en avant par le gouvernement, ceux qui ont un niveau de remplacement important restent plus longtemps au chômage que les autres.

Toujours selon la propagande du gouvernement pour dénigrer les cadres privés d’emploi, des allocataires toucheraient plus de 6.000 euros par mois (0,05 % des chômeurs, une paille !) tandis que d’autres feraient même le tour du monde aux frais de l’UNEDIC (encore un mythe !).

En fait, beaucoup de cadres profitaient de leur période d’indemnisation pour tester leur entreprise, la lancer et atteindre un niveau suffisant de rentabilité. On risque donc de voir, à partir de 2021, une baisse notable du nombre de créations d’entreprises, mais le pouvoir n’en a cure. Selon lui, les cadres peuvent retrouver facilement du travail, vu que le chômage est faible dans leur branche. Cet argument est un peu spécieux, car les cadres âgés de plus de 50 ans ont du mal à s’insérer à nouveau sur le marché du travail ; lorsqu’ils y arrivent, ils subissent une forte décote salariale. Ces mesures anti-cadres qui rapporteront 240 millions d’euros sont d’autant plus injustes que les versements de ces derniers constituent 42 % des recettes de l’UNEDIC pour 15 % des dépenses ! Soyons clair : désormais, l’UNEDIC volera les cadres.

Le gouvernement va aussi taxer les CDD d’usages d’un forfait de dix euros et établir un système de bonus-malus pour sept secteurs dans le but de dissuader les employeurs d’avoir recours aux contrats courts. Le MEDEF est vent debout contre la mesure. Et, bien entendu, le gouvernement ne s’attaque pas au régime des intermittents du spectacle qui, selon la Cour des comptes, générerait un déficit de 1 milliard d’euros. Les progressistes ne s’attaquent pas aux artistes bien-pensants.

Le gouvernement espère générer 3,4 milliards d’économies pour l’UNEDIC et remettre 200.000 chômeurs au travail, mais rien ne dit que ces objectifs seront atteints.

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