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Editoriaux - 21 novembre 2018

Art africain : « Rendez tout ! » C’est l’injonction faite à Macron

Il y a un an tout juste, Emmanuel Macron, encore auréolé de sa victoire, s’en allait visiter les populations d’Afrique. Lors de sa halte à Ouagadougou, au Burkina Faso, il affichait sa volonté que, « d’ici cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ».

Il a donc commandé à l’historienne de l’art Bénédicte Savoy et à l’universitaire et écrivain sénégalais Felwine Sarr un rapport en ce sens. Celui-ci sera rendu public vendredi mais Le Point en a déjà eu connaissance et nous en livre les grandes lignes.

Pour tout dire, ça commence mal… : « Derrière le masque de la beauté, la question des restitutions invite en effet à mettre le doigt au cœur d’un système d’appropriation et d’aliénation, le système colonial, dont certains musées européens, à leur corps défendant, sont aujourd’hui les archives publiques. »

Le ton est donné, l’axe de réflexion également. “Appropriation”, “aliénation”, “restitution”…

Pour la forme, écrit Le Point,, ce texte, truffé d’anglicisme et « au vocabulaire inspiré des “postcolonial studies” », est tout aussi « jargonneux » que « brumeux ». Pour le fond, c’est encore plus spécieux.

Je l’écrivais voilà un an et je n’ai pas changé d’avis : notre histoire commune – celle des continents africain et européen – est pourrie. Pourrie par une histoire que l’inculture du temps rend incompréhensible, pourrie par la repentance institutionnelle qui en est l’héritage, pourrie par les dépendances qu’elle engendre, la victimisation perpétuelle des peuples colonisés étant le pire frein à leur autonomie morale et leur essor économique.

Bénédicte Savoy est jeune (46 ans), brillante. Professeur au Collège de France, elle y fera, en 2019, une série de cours sur « 1815. Année zéro. L’Europe à l’heure des restitutions d’œuvres d’art. » Moins jargonnants que son rapport, les cours, on l’espère. Bref, la restitution est son dada. Voilà ce qu’elle en dit : « Le présent rapport explore et défend la voie vers des restitutions pérennes » car « la circulation n’a de sens que si elle ne se fait pas entre un pôle qui a tout et un autre qui, en comparaison, n’a trois fois rien ». Et si les deux rédacteurs emploient bien l’expression « restitutions temporaires », c’est dans le sens de « solution transitoire le temps que soient trouvés des dispositifs juridiques permettant le retour définitif et sans condition d’objets du patrimoine sur le continent africain ».

Le positionnement est politique, manichéen : l’Occident a pillé l’Afrique, il doit rendre gorge. Point. C’est ce que pointe Hélène Leloup, historienne de l’art réputée et marchande (oh, le vilain mot !). Elle dénonce l’amalgame fait dans ce rapport qui laisse entendre que toute acquisition du temps de la colonisation serait frauduleuse, de l’ordre du pillage. Comme beaucoup, elle a « acheté des objets in situ » et insiste : « Dire que ces biens furent pillés ou sous-entendre qu’ils furent mal acquis, c’est d’abord ignorer l’existence de ces marchands africains et de ce marché déjà connu des musées européens. C’est aussi avoir une vision condescendante en insinuant que les Africains ne pouvaient apprécier la valeur de leur patrimoine. »

C’est aussi ignorer une histoire, parfaitement contemporaine, celle-là. Aujourd’hui, « les objets sortent », comme on dit dans le milieu. On croise sur la place de grands marchands africains qui courent le monde, des antiquaires comme on en trouve partout. Mais, à côté, arrivent des villageois mandatés par leur communauté pour venir vendre ici ce qu’ils arrachent des griffes des Boko Haram, AQMI et autres chebaabs. L’islamisme radical progresse en Afrique, ronge le Mali, le Cameroun… Il étend son voile noir sur les hommes, détruisant systématiquement tout ce qui survit de leurs cultures animistes.

Et quoi qu’en pensent les “belles personnes”, cet islam-là n’a que faire des restitutions et des musées…

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