Qui oserait encore dire que le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM), créé à la fin de l’année 2019, ne sert à rien ? Pour que personne ne se méprenne, mon interrogation est ironique.

Cet organisme a rendu son premier avis au sujet d’un entretien, le 17 février 2020, d’, journaliste à BFM TV, avec Me qui était alors le conseil de Piotr Pavlenski.

La journaliste l’avait conclu par cette phrase à charge “plus on vous entend et plus on se demande si Piotr Pavlenski n’est pas que l’exécutant et vous le manipulateur“. Les échanges antérieurs montraient qu’elle n’éprouvait pas une forte sympathie pour son interlocuteur, et c’est un euphémisme !

Avec un dernier mot élégant de Juan Branco : je vous remercie, c’est un grand hommage.

Le CDJM alerté par un certain nombre de saisines considère que l’ensemble de l’entretien témoigne d’une “partialité qui dépasse la liberté d’investigation journalistique“, le questionnement du journaliste ne devant pas relever de “l’interrogatoire policier“.

Pour l’ultime observation de la journaliste, selon le conseil, “elle ne respecte pas les règles déontologiques avec les accusations sans preuve et le défaut d’offre de réplique“.

BFM TV gênée, peut-être approbatrice, n’a pas répondu au CDJM.

Je voudrais à ma place non pas disculper Apolline de Malherbe mais relativiser un comportement qui, pour avoir été ostensible de sa part, imprègne cependant de manière diffuse, subtile et perverse beaucoup d’échanges dans l’espace audiovisuel.

D’abord je n’attache aucune légitimité de principe ou crédibilité automatique à ces instances qui, dans plusieurs secteurs, pas seulement médiatiques mais judiciaires, notamment dans les registres professionnels, recommandent, évaluent ou sanctionnent.

On comprendra donc pourquoi je suis réticent face au CDJM, au CSA, ou ailleurs, au CSM ou aux Conseils de l’Ordre du barreau. Je n’arrive pas à leur octroyer la révérence institutionnelle à laquelle ils auraient droit.

Par ailleurs, qu’on juge pertinent ou non le questionnement d’Apolline de Malherbe, en général il est courtois et sa forme ne prend jamais un tour vulgaire. Si on cherche bien, on peut déceler une infime touche de satisfaction narcissique à l’idée d’avoir cette fonction et sur cette chaîne !

 

On lui reproche donc d’avoir été partiale, ce qui nous renvoie à l’exigence contraire d’objectivité, à la supposer souhaitable et possible. Le 21 mai, à 18 heures, sur Fréquence Protestante, André Bercoff que je questionnerai pour l’émission “Bilger les soumet à la question” mettra brillamment en pièces cette notion pour lui substituer celle d’honnêteté intellectuelle, en effet plus nécessaire et surtout plus facile à respecter. L’objectivité est une prétendue attitude de surplomb, d’équité et d’équilibre absolus que le journaliste devrait adopter.

S’il était professionnel idéal sans doute. Mais, empirique dans sa pratique quotidienne, on n’a à lui demander rien de plus que cette disposition dont le citoyen a l’intuition immédiate ou non : il y a là un journalisme sincère, sans fraude ni malhonnêteté.

Je n’ai pas l’intention de fuir ce que le CDJM a blâmé dans le dialogue d’Apolline de Malherbe avec son invité. Elle y est allée “fort” en effet dans sa conclusion qui éclate telle une condamnation.

Mais puis-je suggérer au CDJM de ne pas s’en tenir à elle qui lui a d’une certaine manière mâché le travail.

Moi qui regarde et écoute beaucoup la télévision et la radio, surtout pour les émissions politiques, je suis frappé par les mille nuances de la partialité. Des interrogations ressassées et inscrites en permanence dans un domaine infinitésimal, des questions portant dans leur formulation la condamnation de la réponse à venir, jusqu’au ton utilisé – le RN est le plus souvent la victime du ton justicier et comminatoire qui permettait à bon compte au journalisme d’avoir bonne conscience et d’être salué – et aux apparences et mimiques physiques qui ajoutaient de la redondance à la contradiction médiatique.

Combien de fois me suis-je étonné que, quitte à faire de l’inquisition et de la surveillance d’un univers que je ne porte pas globalement aux nues, on n’aille pas jusqu’à prendre acte des multiples détails, scories, blocages qui mettaient en évidence la partialité du journaliste ou son préjugé handicapant la qualité des échanges ! Qui faisaient passer l’écoute après sa conviction.

Alors Apolline de Malherbe a eu ponctuellement tort mais personne parmi ses pairs n’a à lui faire la leçon, et le CDJM, à la rigueur, aurait pu s’abstenir ou user d’une autre voie plus discrète pour montrer qu’il existe.

Ou accepter de se multiplier s’il voulait démontrer qu’il n’est pas un organisme creux et dénué de sens. Mais il croulerait sous toutes les partialités masquées ou moins éclatantes.

En tout cas Apolline de Malherbe de doit pas être une journaliste émissaire.

Extrait de : Justice au Singulier

21 mai 2020

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