Anne Hidalgo sauvée par les gilets jaunes ? Qui l’eût cru…

Il y a des choses, comme cela, auxquelles on ne songerait pas. Par exemple, le blason redoré du maire de Paris, Anne Hidalgo, par la grâce des gilets jaunes.

Qu’a-t-elle fait pour mériter cela ? Rien du tout.

Les rats qui pullulent sont toujours aussi gras et prospères, les Vélib’ nouvelle formule toujours pas en station, les Autolib’ toujours pas remplacées, les rues toujours plus sales dès qu’on s’écarte des quartiers branchés, les camps de migrants toujours dans le nord-est de la capitale et les sans-abri chaque soir dans les encoignures de porte.

Alors, me direz-vous, qu’est-ce qui vaut ce retour en grâce de Mme Hidalgo, puisque retour en grâce il y aurait, si l’on en croit la presse ? Eh bien, les gilets jaunes ! Ou, plus exactement, les manifs qui, chaque samedi, virent à l’échauffourée et la casse qui dézingue tout aussi régulièrement les commerces.

C’est simple : depuis trois mois, il n’est plus question que de cela. Tout le reste est passé à la trappe. L’impéritie de notre édile ? Oubliée. Ses initiatives “époustouflifiantes”, sa gestion 100 % bobo ? Renvoyées aux poubelles de l’Histoire. Et si l’on dit que la chienlit généralisée profite à Macron, elle profite tout autant au maire PS de Paris. Il faut croire qu’il est plus rentable, pour les médias, de vendre le Paris enfumé et les vitrines défoncées que les vélos en panne, le racket des automobilistes, les voies sur berge désertes et les quais embouteillés, les mètres carrés préemptés à prix d’or pour y construire du “logement social” ou les 12.000 Parisiens des classes moyennes qui se sont enfuis chaque année (de 2011 à 2016, derniers chiffres connus) vers la couronne ou la province.

Depuis le départ, en octobre, de son premier adjoint Bruno Julliard, Anne Hidalgo a renouvelé son équipe, désormais attachée à vanter sa réussite éblouissante (si, si !) : “Plus personne ne remettrait en question la piétonnisation des voies sur berge”, dit ainsi Jean-Bernard Bros, l’adjoint (PRG) chargé des sociétés d’économie mixte. Quant à son collègue Rémi Féraud, le patron des socialistes à Paris, il l’affirme au Parisien : “Elle a su prendre une décision courageuse mais nécessaire avec Autolib’.” Du coup, il se pourrait que les Parisiens, plus bobos qu’il est permis de l’être, en reprennent pour six ans.

D’autant plus qu’elle met le paquet, Mme Hidalgo. Digne héritière de Jack Lang, elle a l’âme très festive. Jugez-en.

Pour la Saint-Valentin 2018, elle avait offert les panneaux lumineux de la ville de Paris à ses administrés afin qu’ils puissent y déclarer leur flamme. Partout, en lettres capitales : “À mon Jojo pour la vie”, “Chéri je t’aime, n’oublie pas de sortir le chien”, etc.

Pour ce 14 février 2019, c’est mieux encore. En plein pic d’épidémie de grippe, ce sera bisous à gogo : “Paris est la ville de l’amour. À l’occasion de la Saint-Valentin, le 14 février à 18 h 30, la ville de Paris invite les Parisiennes et les Parisiens à venir s’embrasser puis à danser sous le cœur de Paris, œuvre monumentale de Joana Vasconcelos qui sera inaugurée par Christophe Girard, adjoint du maire de Paris pour la culture et Éric Lejoindre, maire du XVIIIe arrondissement.”

Ce grand moment culturel sera donc suivi d’un bal, ouvert par « le bisou » du dénommé Christophe Girard à Anne Hidalgo. Annonce officielle dans Le Journal du dimanche. On en frétille d’avance…

Joana Vasconcelos est une artiste portugaise passée de l’art textile à l’art monumental. Son cœur, planté au bout d’un mât entre marché aux voleurs et marché de la misère, “vient souligner l’ambiance animée du quartier en adressant un message joyeux de bienvenue”, nous dit-on. Concrètement, “trois mille huit cents azulejos peints à la main par des artisans portugais habillent ce cœur flamboyant dont le mouvement rotatif et lumineux – sa lumière s’allume et s’éteint au rythme des battements d’un cœur – accentue le rôle de repère au milieu du vaste carrefour”.

Si avec ça Hidalgo n’est pas réélue, c’est à désespérer !

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