Agriculture - Editoriaux - 6 mai 2019

Agriculture : revenir au Moyen Âge ? Un peu de bon sens, M. Guillaume !

Comme il existe des écrivains, avec leurs genres et leurs styles, comme il existe des écoles historiques avec leurs façons d’aborder un événement, une société et des situations, comme l’architecture et les tenues s’enorgueillissent de différentes modes au fil des ans et des siècles, l’agriculture est plurielle (extensive, intensive, biologique, raisonnée, biodynamique, saisonnière…) et répond, en grande partie, aux attentes du consommateur, en termes de prix et de qualité tant sanitaire que gustative.

En visite dans la Drôme et l’Ardèche, les 26 et 27 avril derniers, le ministre de l’Agriculture a émis l’idée en marge de sa promotion d’« observatoires départementaux de l’agribashing », de revenir à des méthodes agronomiques ancestrales : rotation des cultures, assolements, couverts… En soi et sur le papier, l’idée est excellente. La terre s’appauvrit et se meurt de nombreux intrants chimiques qu’elle absorbe chaque année. Bon an, mal an, le sol français absorbe plus de 66.000 tonnes par an de produits phytosanitaires : herbicides, fongicides, insecticides… Soit deux kilos par hectare ! Quand on sait qu’un seul gramme de pesticide suffit à polluer un ruisseau d’un mètre de large et un mètre de profondeur sur dix kilomètres, on comprend qu’on en retrouve des résidus dans l’alimentation. On comprend que, pour des raisons sanitaires, médicales et autres, les pouvoirs publics veuillent revenir à une alimentation plus saine.

Nombre d’agriculteurs ont pris conscience des dégâts qu’ils ont pu engendrer et nombreux sont ceux qui, sous la pression médiatique et de l’opinion publique, se convertissent à l’agriculture biologique. La France compte environ 37.000 exploitations biologiques certifiées sur un total d’environ 400.000 exploitations, pour presque deux millions d’hectares emblavés (1). Il n’y avait qu’environ 100.000 hectares bio en 1995, pour une poignée de pionniers.

Le consommateur, aussi, se tourne vers une alimentation issue de méthodes agricoles plus respectueuses de l’environnement et de la santé. Le marché bio pèse huit milliards d’euros en France, aujourd’hui, contre deux milliards, en 2007.

Reste que cultiver sans aucun pesticide aura de graves conséquences : une baisse mathématique des volumes produits d’au moins 30 %, sinon 50 %. Les agriculteurs bio le savent parce qu’eux-mêmes en utilisent, même s’ils sont naturels, à base de soufre ou de cuivre, dont on retrouve des résidus dans l’alimentation. Ne pas en utiliser pourrait « ressusciter » des maladies comme l’ergot du blé ou le mildiou des vignes.

Et puis, quitte à pousser la logique jusqu’au bout, pourquoi ne pas revenir à la traction animale (bœufs et chevaux), voire humaine. Le joug, la herse, la faucille et l’araire pourraient revenir en force dans nos campagnes ! Cette baisse de production risque, aussi, de faire flamber les prix, quand bien même on privilégierait les circuits courts.

Il n’est, cependant, pas sûr que ce mode de production puisse subvenir aux besoins des millions de citadins et de ruraux. Cultiver comme au Moyen Âge revient à calculer, dans une hypothèse basse, qu’un à 1,5 hectare est nécessaire pour subvenir aux besoins d’une personne. Seulement 20 à 30 ares, dans les meilleures périodes. Comment faire avec seulement 10 millions d’hectares cultivés ?

Alors, un peu de bon sens et un peu d’équilibre dans vos propos, Monsieur le Ministre ! Revenir à une agriculture plus respectueuse de l’environnement et de la santé est un objectif louable. Encore faut-il ne pas mettre en péril tout un système économique et, surtout, la sécurité alimentaire en termes d’approvisionnement, en termes sanitaire et social. Encore faut-il, si la France s’inscrit dans cette démarche, que les autres pays lui embrayent rapidement le pas. Au risque que notre pays soit obligé d’importer des produits dont elle ne connaît pas les modes de production ni leur impact environnemental ou social. N’est-ce pas ce qui se passe pour l’agriculture biologique française, obligée d’importer des fraises d’Espagne qui poussent sous serre toute l’année ? Est-ce cette agriculture que vous souhaitez ? Celle de la disette, des famines, de la pauvreté ?

(1) Soit 6,6 % de la surface agricole utile

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