C’est de bonne guerre : quand vous êtes au pouvoir et face aux difficultés, les locales n’ont qu’une signification locale, mais quand vous êtes dans l’opposition, elles acquièrent une dimension nationale. On peut donc imaginer que le parti d’Emmanuel Macron tentera, face à la défaite qui se profile, d’entonner la première antienne. Quant à Marine Le Pen, elle a logiquement choisi la seconde option, vendredi, à , lors d’un meeting de soutien à , sénateur des Bouches-du-Rhône et candidat à la mairie : « La victoire du Rassemblement national à Marseille constituera un tremblement de terre qui fera trembler jusqu’à Paris, le palais de l’Élysée et son locataire ! »

Dans une finalement assez morne, vampirisée par l’épidémie de coronavirus et dont le seul attrait résidait dans la compétition des trois « drôles de dames » à Paris après le retrait de Benjamin Griveaux, cette intervention a eu le mérite de faire revenir la politique, qui semblait confinée, elle aussi. On a souvent reproché à Marine Le Pen ses contretemps. En prenant franchement position, et date, elle a dessiné les enjeux, non seulement pour ces , mais pour la séquence politique qu’elles vont ouvrir, jusqu’en 2022 : « Vous êtes en train de tout renverser. Cette victoire […] constituerait, pour notre mouvement, un acte fondateur sur le chemin de la conquête du département… et surtout du pays. »

Marine Le Pen a compris tout le parti qu’elle pouvait tirer des derniers événements : le 49.3 « légal mais pas moral » et, surtout, la nouvelle crise migratoire imposée à l’Europe par Erdoğan : « Chacun a vu les images venues de Grèce. Des jeunes hommes envoyés par la Turquie islamiste d’Erdoğan […] Le terme invasion n’est pas trop fort. Je ne suis pas comme Monsieur Macron, je n’ai pas peur des mots […] La France doit venir en aide à la Grèce et inverser totalement la politique d’immigration. »

Il est indéniable que, pour Marine Le Pen, la victoire de Stéphane Ravier à Marseille est une condition nécessaire à sa conquête du pouvoir : enfin, elle parviendrait à hisser son mouvement à la tête d’une grande ville française. Ce serait la première collectivité d’envergure qu’il piloterait, après les échecs de 2015 aux régionales en PACA et dans le Nord.

Certes, la condition est nécessaire, mais pas suffisante. Si cette victoire démontrerait qu’il n’est pas de plafond de verre qui tienne, même dans une métropole, le et son chef se trouveraient toujours confrontés à trois grands défis :
– celui des cadres et des compétences pour gouverner, même si on peut imaginer que plusieurs victoires aux municipales puissent en faire émerger ;
– celui de l’élaboration d’un projet à la fois clivant, mais rassembleur ;
– celui du coefficient de « rejet » de Marine Le Pen : dans le dernier baromètre YouGov pour Le HuffPost, Marine Le Pen est toujours en tête de ce « Top 10 » négatif, avec 47 % de rejet. C’est un majeur pour la présidentielle.

Enfin, Marine Le Pen a pris un risque – et l’on peut au moins lui reconnaître ce courage -, celui qu’une défaite à Marseille ne vienne lézarder sa stratégie et stimuler les interrogations, jusque dans son camp, sur sa capacité à l’emmener à la victoire. En tout cas, tous – hommes politiques et commentateurs, de droite comme de – ne pourront qu’être d’accord avec elle : une victoire de Stéphane Ravier à Marseille, le 22 mars, serait un événement politique majeur. Et national.

7 mars 2020

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