André Santini : le « vieux briscard » à l’humour vache nous a quittés
C’était un politique comme on n’en fait plus, bedonnant, truculent et débonnaire, fumant le cigare en peaufinant ses traits d’esprit. Diplômé – entre autres – de langues orientales, il ne gardait pas la sienne dans sa poche. André Santini était l’incarnation de ce que l'on nomme « l’esprit français », mélange d’impertinence et de vachardise nourries de vraie culture, poussant la passion du bon mot jusqu’au calembour. Un piège auquel un autre colosse de la politique ne pouvait pas non plus résister, préférant risquer le procès plutôt que renoncer, comme peuvent en témoigner tous ceux qui l’ont approché. Il est vrai que de Montretout à Issy-les-Moulineaux, il n’y a que huit kilomètres en bord de Seine…
Un bon mot plutôt qu’un portefeuille
Son positionnement au centre droit étant moins risqué que le bord extrême de l’Hémicycle, André Santini ne fut poursuivi que pour injures publiques, ayant parfois traité ses adversaires de « minable » ou de « petit con ». Il disait, paraît-il, que s’il avait été plus policé, sa carrière en eût été changée, laissant entendre qu’il avait toujours préféré les bons mots aux portefeuilles ministériels. Toutefois il en fut, puisqu’il avait été secrétaire d’État chargé des Rapatriés, puis ministre délégué à la Communication dans le dernier quart du siècle dernier, avant de revenir comme secrétaire d’État à la Fonction publique dans le gouvernement de François Fillon en 2007.
Contraint de réfréner un peu ses penchants de trublion, André Santini s’est lâché dans ses livres, véritables recueils à déguster, calé dans un fauteuil club, entre un verre de cognac et un havane. Alors que ses confrères et consœurs publient pour être élus, lui publiait pour être lu. Pas de programme politique pour sauver la France ou la planète mais de quoi passer un moment joyeux. Il y a trente ans tout juste, en 1996, il publiait Mieux vaut en rire - Défense et illustration de l'humour en politique (Albin Michel), puis récidivait avec Ces imbéciles qui nous gouvernent – Manuel lucide et autocritique à l’usage des hommes politiques (Éditions n° 1), un ouvrage truffé d’exemples propres à démontrer « le caractère universel de la bêtise, seule Internationale à pouvoir survivre à l'effondrement des idéologies ».
Régionaliste à sa manière, il avait aussi rendu hommage à son île dans Ô Corse, île d’humour (Le Cherche midi), recensé les âneries de la novlangue dans De tabou à boutade - Le véritable dictionnaire du politiquement correct (Michel Lafon) et offert ses commentaires facétieux – et gaulois – à l’historien Camille Jullian dans un ouvrage historique entre réalité et fantaisie, La Gaule racontée aux Gaulois (Éditions 1). Autant d’ouvrages pour la plage avant la dure rentrée politique qui nous attend…
Tant qu’il restera des boomers
Pour la truculence, le cinéma avait Audiard, dont les dialogues sont devenus des classiques. Le monde politique avait Santini, dont les saillies sont presque aussi connues…. du moins tant qu’il restera des boomers pour les comprendre !
Il remporte ainsi son premier Grand Prix de l’humour politique en 1989, ayant déclaré : « Saint Louis rendait la justice sous un chêne. Pierre Arpaillange [garde des Sceaux dans le gouvernement Rocard, NDLR] la rend comme un gland. » L’année précédente, il avait pris pour cible le primat des Gaules, opposé à la campagne pour l’usage du préservatif contre le SIDA : « Mgr Decourtray n’a rien compris au préservatif. La preuve, il le met à l’index. »
À l’époque du premier choc pétrolier, il s’en était pris au Premier ministre de François Mitterrand : « Édith Cresson baisse tellement dans les sondages qu’elle va finir par trouver du pétrole. » Celui de Giscard d’Estaing – Raymond Barre, le Barzy du Bebête Show – y avait eu droit, lui aussi : « C’est mon compagnon de chambre. Il dort à côté de moi, à l’Assemblée. » Et plus vachard, encore : « Raymond Barre, quand je le vois à l’Assemblée nationale et qu’il ne roupille pas, il se tourne les pouces et je me dis : "Tiens, il fait son jogging". » Jamais tendre avec son bord, il avait aussi étrillé Alain Juppé : « Alain Juppé voulait un gouvernement ramassé, il n’est pas loin de l’avoir. »
Lucide sur lui-même, étant alors président du jury, André Santini s’était décerné, en 2004, le prix Iznogoud couronnant « une personnalité qui a tenté de devenir calife à la place du calife, s’est vantée et a lamentablement échoué ».
Une époque s’achève. Celle qui a démarré est plus méchante que drôle, plus portée au tragique qu’à la dérision. Pour saisir au vol les traits d’esprit, il faut être ouvert, pas trop sot, ni inculte, surtout avoir de la bouteille et du vécu pour jouer sans crainte avec les mots. Qui reste-t-il, aujourd’hui, pour relever le défi ? C'est le sénateur Claude Malhuret qui nous vient à l'esprit. Un boomer, lui aussi...
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21 commentaires
Une question à KIELOWSKI : E. MORIN a-t-il commencé à résister AVANT ou APRES le déclenchement de l’opération BARBAROSSA ????
Heureusement que nous avons eu des Jean Moulin, des Edgar Morin et des Général De Gaulle face à l’extrême droite nazie.
Nous ne serions peut-être pas là aujourd’hui.
Excellent !
Il en va en politique comme dans l’humour. Les pseudo-humoristes de France Inter ont remplacé les chansonniers du Caveau de la République (Gilbert, Meunier, Rocca, Carrière…) ou le tribunal des flagrants délires (Villers, Desproges et Rego). Ceux-là avaient de l’esprit. Les nouveaux n’ont plus que la lourdeur de l’esprit qui vole.
Ayant eu l’occasion de le rencontrer à plusieurs reprises j’adorais son humour vache ! il avait une grande culture mais n’en faisait pas étalage et restait très abordable et humaniste ! un bon vivant amateur de havane !!
Les commentaires révèlent un grand nombre de pisse-vinaigres ; ceux qui n’ont jamais mis les pieds à Issy Les Moulineaux feraient mieux de s’abstenir sur un maire qui a magnifiquement géré sa ville.
Sa prestance oratoire était un régal.
Quant à encenser David Salomon Edgar Morin communiste et libertaire il ne faudrait pas exagérer !
Edgar Morin, grand résistant, a été un des acteurs de la lutte contre l’extrême droite nazie, quand d’autres collaboraient avec l’ennemi.
Son œuvre comme sociologue, philosophe et penseur français a fait de lui l’un des plus grands auteurs, reconnu dans le monde entier.
Cela ne vous suffit pas ?
Nous attendons avec impatience l’hommage national qui va lui être rendu.
« un des acteurs de la lutte contre l’extrême droite nazie, quand d’autres collaboraient avec l’ennemi. »
Comme les députés de gauche qui ont voté les pleins pouvoirs à Pétain ou comme les 14 ministres de gauche de son gouvernement ?
Je me rappelle d’un bon mot de M. Santini, lors d’un débat sur le préservatif avec un curé qui y était opposé, il lui avait rétorqué : « vous n’avez rien compris au préservatif, la preuve, vous le mettez à l’index ! »
La France d’avant avec les Français d’avant !!Epoque où l’on savait aligner plus de deux mots pour s’exprimer et où l’on ne voulait pas tout « niquer » !!
Quelle perte pour notre République, M. SANTINI avait toujours le bon mot adéquat, qui faisait rire jaune bien certains députés, et ministres sans les nommer, qui avaient des difficultés à gérer leur portefeuille, et plus encore..
Question ? Qu’à apporté cet homme en 50 ans de politicaille ? désolé…. c’était juste une question ? Pour LUI d’avoir vécu grassement au crochet du budget de la FRANCE…..et rien d’autre..
J’aime beaucoup Boulevard Voltaire mais je trouve que votre magazine manque d’articles sur les aberrations de la politique européenne, les lois européennes, le commerce en Europe…ce n’est pas l’Allemagne qui passe sont temps à tout faire pour saboter la France via Von der leyen?
Ce qu’il manque surtout – ici et partout ailleurs – ce n’est plus tellement les dénonciations des aberrations (apparentes) de la politique, et notamment de la soumission (apparemment incompréhensible, là aussi) à l’union européenne nuisible mais les raisons profondes de cette soumission et des traitrises de la classe politique dirigeante (eh non, ce n’est pas par stupidité qu’on trahit, mais par intérêt malsain).
Tout acte a une explication logique et l’on n’arrive pas à la tête de l’Etat par hasard, par erreur, par bêtise.
Idem. Je suis d’accord avec vous deux, Cheche et Jef. La France est assujettie à l’UE, doit appliquer les GOPÉ (ce qui inclut les quotas de l’immigration légale, et tant d’autres choses) et la politique étrangère de l’UE, même quand c’est contraire à nos intérêts et à nos valeurs, ce qui met en jeu la démocratie. Car le président, élu par les Français sur un programme, ne peut pas l’appliquer. Cette question de notre appartenance à l’UE est cruciale, et devrait être au cœur des débats.
Il est de ceux qui a bien « mené sa barque », bien profité du système, c’est grâce à ce genre d’individu que la France est dans l’état où elle est !
Croyez-vous qu’il aurait été reconduit si longtemps dans sa fonction de maire à Issy -les-Moulineaux s’il n’avait pas fait de ville ce qu’elle est devenue, une ville où les impôts sont les moins élevés de la région. Il est allé cherché lui même les entreprises pour faire fructifier la ville et pour le bien de ses habitants et pour finir alors que beaucoup le savait condamné il l’ont réélu, une façon de le remercier.
J’hbitais près du fort d’Issy. Et Santini m’a remis mes deux médailles du travail en public !!!
Quand le brillant sociologue Edgar Morin nous quitte à 104 ans, après avoir été résistant durant la deuxième guerre mondiale avant d’écrire une quarantaine d’ouvrages majeurs et reconnus dans le monde entier, pas un mot …
Mais quand André Santini décède, il fait ici les premiers titres.
Étrange.
Heureusement, le plus grand sociologue et penseur français aura droit à un hommage national amplement mérité.
Il avait au moins de la répartie, et croyez-vous que depuis Giscard, et nos bandes de pieds-nickelés actuels ont fait mieux ! De plus médiocres intellectuellement !
Un des co-fossoyeurs de la France, je me demande si sa veuve va toucher sa retraite complète ou simplement la reconversion comme la majorité des veuves
Il ne s’est jamais marié et vivait avec sa mère.