Rêve américain : Michael Jackson, jeune homme noir devenu vieille femme blanche…
Michael Jackson, le King of Pop, tel que surnommé de son vivant, revient sous les feux de la rampe à l’occasion du film consacré à sa vie tumultueuse, sobrement intitulé Michael et réalisé par Antoine Fuqua. Qui était-il vraiment ? Il n’est pas sûr que ce biopic réponde à toutes les questions.
Dans le monde étrange du show-biz, on ne dira jamais assez le mal que certains parents, inconsolables de n’avoir pas réussi, ont causé à leurs enfants, rejetant sur eux leurs frustrations passées. C’est ainsi que les frères Denis, Carl et Brian Wilson, futurs Beach Boys, sont martyrisés par un père violent et musicien sans talent. Brian, le génie du groupe, y perd l’usage d’une oreille à force d’être corrigé à coups de ceinturon. La fratrie Jackson (dix enfants, dont un mort prématuré) connaît le même sort. Joseph, le père, fait marcher la famille à la baguette, quand ce n’est pas au bâton. Lui aussi aurait aimé percer dans le métier. Il n’est pas mauvais guitariste, mais cela ne suffit pas. Ses filles et fils grandissent donc sous sa férule. Drôle d’enfance, dont Michael Jackson ne se remettra jamais vraiment.
James Brown, son modèle en matière de danse…
Pourtant, le vieux Joe réussit son coup et lance les Jackson Five, réponse noire aux très blancs Osmond Brothers, alors rois du Billboard, équivalent américain de notre Top 50. En 1969, c’est le tube I Want You Back. À seulement onze ans, le jeune Michael attire tous les regards. Mieux : ce chanteur prometteur sait déjà danser ; il est vrai que plus gamin encore, planqué sous l’escalier de l’Apollo Theater de Harlem new-yorkais, il observait les pas du grand James Brown, maître en la matière.
Son père a réussi à faire signer le groupe par le label Motown. Ce dernier, dirigé d’une autre main de fer par Berry Gordy (Marvin Gaye, Diana Ross, c’est lui), décide que Michael Jackson se suffit à lui-même et que ses frères ne sont bons qu’à faire de la figuration. Et le voilà lancé seul dans le grand bain à seulement douze ans - le même âge que Stevie Wonder, autre poulain gagnant de l’écurie Motown. Il s’agit avant tout de rivaliser avec Donny Osmond, le benjamin du groupe plus haut cité. Bref, une tête de gondole contre l’autre. La blanche et la noire. Rien de politique là-dedans : il s’agit juste d’une simple question d’argent. Les prestations en solo de Michael Jackson s’en ressentent ; pas indignes, mais qui n'affolent pas non plus les oreilles. Hormis quelques exceptions, les pionniers du blues et du jazz, les artistes noirs de l’époque sont devenus des produits préfabriqués, juste bons à produire de la pop à la chaîne. Et la tutelle de producteurs noirs n’arrange rien à l’affaire, bien au contraire. Pour s’en convaincre, prière de se reporter à ce fantastique film qu’est Motown : la véritable histoire, de Paul Justman. Soit celle des Funk Brothers, cette horde de musiciens exceptionnels, Noirs et Blancs confondus, entrés dans la légende et ayant fait swinguer la machine Motown des années durant, avant d’être virés comme des malpropres par Berry Gordy qui, s’il pouvait avoir le cœur sur la main, avait surtout un portefeuille entre les deux.
Quincy Jones, parrain et père adoptif à la fois...
En 1979, l’immense Quincy Jones, déjà salué en ces colonnes, se prend alors d’amitié pour le jeune Michael. Dans ses mémoires, Q, il se souvient : « À dix-neuf ans, Michael avait la sagesse d’un vieillard et l’enthousiasme d’un enfant. C’était un beau jeune homme très timide, qui cachait une intelligence remarquable derrière ses petits gloussements et sourires. Mais sous cette façade, il y avait un artiste ultra-perfectionniste, dévoré par l’ambition de devenir le plus grand homme de spectacle. […] Il voulait être le meilleur en tout, tout assimiler. Dans chaque domaine, il s’est inspiré de ce qu’il y avait de mieux pour se créer un style et un personnage sans égal. »
Sort Off the Wall, le premier véritable album solo de son protégé, lancé par le tube Don’t Stop ’Til You Get Enough. Le son des années 80 y est déjà, pour le pire et le moins mauvais. Mais au moins le duo l’invente-t-il. Quincy et Michael sont des précurseurs et non des suiveurs. Puis le choc Thriller, en 1982, l’album le plus vendu au monde ; soixante-six millions d’exemplaires écoulés (aux dernières estimations), ce n’est pas rien. C’est une déflagration. C’est l’ouragan Billie Jean, une véritable tuerie, le clip, la mélodie et le reste. Michael Jackson est alors au sommet du monde. Gene Kelly admire ses pas de danse, son fameux moonwalk, pourtant créé par le vieux crooner Cab Calloway et, bien avant lui, repris par notre mime Marceau national. Peu importe, tout ce qu’il touche se transforme en dollars. Il y a ensuite Bad, cinq ans plus tard, dont le succès est moindre - vingt-six millions de disques vendus, tout de même.
Le début de la dégringolade…
Est-ce cela qui pousse Michael Jackson à se passer des services de Quincy Jones ? Ce père spirituel était-il devenu trop présent ? Dans ses mémoires plus haut évoqués, ce dernier se contente d’affirmer : « Michael faisait partie de ma famille, comme un fils adoptif. […] Ces temps-ci, nos vies ont suivi des cours très différents. Mais jusqu’à mon dernier jour, il fera partie de mon âme et de mes souvenirs. » Quoi qu’il en soit, la carrière du prodige commence à décliner, tandis que sa vie privée sombre peu à peu dans un chaos total.
Côté cœur, voilà qui demeurera éternellement une énigme. Michael Jackson s’entiche de femmes ayant largement l’âge de l’avoir enfanté, Diana Ross ou Liz Taylor. Histoire de faire taire les rumeurs, le King of Pop épouse la fille du King, tout court, Lisa-Marie Presley. Union de façade ? On le dit. Le reste est à l’avenant : un improbable mariage avec une certaine Debbie Rowe, au physique de camionneuse du Kentucky, avec laquelle il a deux enfants plus ou moins naturels, mais dont elle abandonne la garde contre un gros paquet de billets verts. Un autre rejeton suit, né, semble-t-il, d’une mère porteuse. Dans la foulée, les accusations de pédophilie, jamais officiellement avérées, mais qui lui coûtent un autre paquet de billets de la même couleur, histoire de négocier le silence des plaignants.
Et c’est sans compter sur ses métamorphoses physiques dues à des opérations de chirurgie qu’on ne saurait qualifier d'« esthétique ». Dans le même temps, sa production musicale devient anecdotique. Le succès le fuit, la ruine financière le guette. Michael Jackson vit très au-dessus de ses moyens. D’où la tournée qu’il est obligé d’envisager, en 2009, afin de se sortir de la débine. Il meurt avant son ultime come-back, d’une surdose de ses médicaments, drogues plus ou moins légales et généreusement administrées par son médecin, Conrad Murray. Ce qui vaudra à ce dernier quatre années de prison pour homicide involontaire.
Avec une indéniable prescience, le journaliste Jean Cau écrivait déjà, dans Paris Match, le 17 juillet 1987, à quel point Michael Jackson incarnait les USA d’alors, soit « une Amérique qui ne sait plus si elle est blanche ou noire, dont la Rome est Disneyland, qui se fait tirer la peau et se gorge de vitamines ; une Amérique qui se demande si elle est mâle, femelle ou unisexe. […] Une Amérique qui rêve d’une paix et d’une harmonie universelle et végétarienne. » Il est vrai que Michael Jackson aura parfaitement incarné ce rêve étoilé permettant à un jeune garçon noir de finir dans la peau d’une vieille dame blanche.
La célébrité, pourquoi pas. Mais l’anonymat possède aussi ses charmes. Espérons que son âme manifestement si tourmentée ait enfin trouvé le repos.
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8 commentaires
Michael Jackson, nonobstant son talent de chanteur désarticulé, c’était un pantin médiatique perdu dans
sa folie transformiste qui, finalement, l’aura tué !
Quel bonheur de lire es articles de Nicolas ! Toujours aussi riches et documentés , et cet humour ….Merci encore !
Berry Gordy, Tamla Motown , détroit , »little Stevie Wonder » très fort à l’harmonica , auxquels je rajouterais les producteurs Holland -Dozier -Holland , c’est tout un pan de la musique black des années 60 70 , aux états unis, dont vous faites le tour ,en un article , ,à travers la figure de Michael Jackson .
On apprend toujours des choses à travers les anecdotes que vous citez avec humour mais respect aussi ;
J’aimais mieux le petit Mickael , jeune prodige à la voix déjà bien posée ,qui chantait avec ses frères Jackson ,que la star planétaire des années 80 .
Trop de gloire tue la gloire er on descend aussi vite les idoles de leur socle qu’on ne les y a posé. J’avoue qu’à la fin je n’en pouvait plus de « thriller « , « bad » et cie Trop c’était trop.
C’est lui qui a inauguré les clips, mais aussi tout le côté people médiatisé qui a fait des ravages par le suite . On décrète, star, aujourd’hui , n’importe quelle starlette qui n’a pas le quart de son talent .
Laissons les USA à leur décadence et occupons nous de sauver notre civilisation .
Retour aux années 80 sans wokime, sans racisme systématique, sans transgenre, les années mikael Jackson
Très belle chronique. Le bonheur ne s’achète pas.
Encore un article, Mr Gautier, qui se « boit » comme du petit lait. Une supplique à présent :
Comment avoir accès à toutes vos chroniques.? Ce serait un vrai cadeau de les voir réunies et accessibles à tous depuis le début…! Un grand merci à vous ainsi qu’à boulevard Voltaire.
C’est vrai : ces articles sont si intéressants qu’on les lit même si comme moi on préfère de moin Brahms à la Pop.