Le film d’animation Persépolis accusé d’islamophobie

France 4 bouscule sa grille pour diffuser "Persépolis". Pour certains, montrer le réel relève déjà de la propagande.
Capture d'écran BA
Capture d'écran BA

Il est des polémiques qui, avant d'en devenir, semblaient inimaginables. La dernière en date : la diffusion du film d’animation adapté en 2007 de la BD du même nom Persépolis, une autobiographie de Marjane Satrapi publiée entre 2000 et 2003. « En raison de l’actualité, France 4 modifie sa soirée du samedi 7 mars pour diffuser le film Persépolis à 21h00, remplaçant le film Le Passé » annonce le site de France TV. Il n’en fallait pas plus : voilà que d’aucuns sur X crient à l’islamophobie et à la propagande impérialiste occidentale.

Un témoignage unanimement salué

Unanimement salué par la critique, prix du jury du Festival de Cannes en 2007 et Oscar du meilleur film d’animation en 2008, le long-métrage réalisé par Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi était devenu depuis un classique, voire un outil pédagogique pour nombre de professeurs. Persépolis est d’abord un témoignage, celui de Marjane Satrapi qui raconte, avec ses yeux d’enfant puis d’adolescente, la chute du shah et l’instauration du régime des mollahs. On ne peut pas accuser l’auteur de biais idéologique, ses parents sont décrits comme des militants communistes et elle est très loin de glorifier le régime du shah. La preuve, Téléréma avait salué « un joli conte tendre et cruel, politique et humaniste », dans lequel l’auteur et héroïne s’appliquent à « peindre le cauchemar des victimes du shah, d'abord, puis des islamistes ».

D’ailleurs, à sa sortie, si les critiques avaient été unanimes, deux pays seulement l’avaient vilipendé : « Le film a été condamné par le gouvernement du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, comme "islamophobe" et "anti-iranien", mais une version censurée a toutefois été diffusée à quelques reprises dans le pays » rapportait Le Monde en mars 2008, qui ajoutait que le Liban avait interdit la diffusion du film : « Une source gouvernementale, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, a expliqué à l'AFP que le film avait déplu au chef de la sûreté, un proche du Hezbollah, qui décide de la censure des films ». Rien d’étonnant jusque-là, ce qui est inquiétant voire effrayant, c’est qu’aujourd’hui, notamment sur X, certains semblent vouloir le même genre de censure en France.

Une réalité qui dérange

Ce n’est pas la première fois, d’ailleurs, que Persépolis subit de telles accusations : un article du Dauphiné Libéré racontait qu’en 2023, un enseignant ardéchois avait renoncé à montrer le film à ses élèves « par crainte du fanatisme religieux » : « Nous avons plusieurs élèves de confession musulmane qui pourraient mal réagir et faire un mauvais retour à leurs familles. Certaines questions réactions pourraient bien m’embarrasser au retour de la séance voire même me mettre en danger », avait-il expliqué. Est-ce à dire que lorsque la réalité - rappelons qu’il s’agit d’une autobiographie - dérange, il vaut mieux la cacher pour ne pas se mettre en danger ? C’est en tout cas ainsi que le compte parodique @LFI_Forever résume la polémique qui a enflé sur les réseaux sociaux après la modification de programmation de France 4 : « La réalité étant islamophobe, nous condamnons toute initiative visant à décrire la réalité. »

Parce qu'elle justifie l'opération israélo-américaine ?

Cette fois, compte tenu de l’actualité, il est reproché au film de justifier l’offensive israélo-américaine en montrant la réalité de la vie dans l’Iran des mollahs. Il ne faut pas chercher bien loin ces fameux tweets devenus viraux, ainsi un certain OuaisEddy en livre une analyse tout en finesse et en subtilité… quand on parvient à la déchiffrer. Le tweet a tout de même été vu par plus de 360.000 personnes et liké par 2.000. Il n’est pas le seul, on peut lire aussi par exemple que « montrer ce film à toute une génération de gosses et le ressortir quand des civils se font buter sur fond d'impérialisme et d'ingérence US même pas cachée, c'est de la propagande impérialiste teintée d'islamophobie. Une fois de plus ça étonne personne que les rouges bruns ». En clair, Persépolis est accusé de justifier l'opération Epic Fury parce qu'il condamne le régime des mollahs.

En défense du réel

Réjouissons-nous de vivre en France et qu’à gauche, comme à droite, Persépolis ait trouvé des défenseurs. Le compte X Factuel remet d’ailleurs les pendules à l’heure : « Depuis quelques jours, gauchistes et islamistes accusent Persépolis d'islamophobie. Pourtant c’est la stricte réalité comme le montre la vidéo ci-dessous : une "femme-corbeau" de la police des mœurs (Gasht-e Ershad) ordonnant à une fillette de cesser de danser car ce serait "indécent". Rappelons que les femmes en noir de Persépolis ne sont pas de simples Iraniennes voilées. C'est la milice qui impose la charia, harcèle, tabasse et tue pour un voile mal porté. Bravo à @Marji_Satrapi pour ce chef d’œuvre ! » La réalité n’est pas une idéologie et la montrer n'est pas de la propagande.

L’ennui pour certains, qui n’en finissent plus de s’enfoncer à gauche en faisant du clientélisme communautaire, c’est qu’il s’agit de rester sur une ligne de crête en condamnant l’offensive israélo-américaine sans donner l’impression de soutenir le régime des mollahs, mais tout en faisant mine de soutenir les Iraniens en les appelant à une révolte populaire qui a déjà été matée dans le sang par ce même régime. Il suffit de lire L'Express si vous voulez voir le dernier numéro du cirque LFI : Jean-Luc Mélenchon joue à l’acrobate, et Rima Hassan tient le filet qui lui donne l’illusion de garder l’équilibre.

 

 

Vos commentaires

2 commentaires

  1. Il est grand temps de diffuser amplement une réalité sous-estimée : des femmes complices des mollahs. Arte (peu suspect d’ultradroitisme ou islamomachinchose) a d’ailleurs réalisé un documentaire édifiant sur le rôle de certaines femmes au sein de l’état islamique. D’une certaine manière, elles sont pires que les hommes.

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