Décivilisation : un mineur sur trois visionne du porno !

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Avant, c’était Tintin, qu’on feuilletait de 7 à 77 ans. Maintenant, c’est le porno. Selon l’étude de l’Arcom publiée ce jeudi, les chiffres d’un fléau devenu endémique pour notre jeunesse sont là, crus, comme les contenus des sites Internet en question : 2,3 millions de mineurs utilisent leurs écrans, chaque mois, pour visionner des sites pornographiques. 30 % des moins de 18 ans. Pendant plus de 50 minutes en moyenne chaque mois. 600.000 mineurs de plus depuis l'automne 2017…

L'Arcom, chargée de faire respecter l’interdiction de l’accès des mineurs aux sites pornographiques (loi du 30 juillet 2020 visant à protéger des violences conjugales) et d'attirer l'attention des acteurs de la protection de l'enfance, montre dans son rapport que la fréquentation moyenne quotidienne de ces sites par des mineurs est en hausse. Quel que soit l’âge du jeune, l'enquête révèle que le smartphone est « le terminal le plus utilisé ». Et même pour 75 % d'entre eux, il est « le terminal exclusif ». Et l'Autorité de régulation d'indiquer que c'est dès l'âge de 12 ans que « plus de la moitié des garçons se rendent sur des sites adultes ». On évitera de citer les noms des sites visités pour ne pas leur faire de publicité, mais cinq semblent bien connus des plus jeunes. L'un d'eux prend la plus belle part du gâteau, avec 1,4 million de mineurs en décembre 2022 (soit +900.000 visiteurs en 5 ans). 

La discrète pastille affichant l’âge minimum de 18 ans - avec l’inefficacité totale que l’on constate - passera-t-elle à 8 ans pour préserver les quelques jeunes enfants encore à l’abri de ce tsunami ? Ce ne sont plus les ligues de vertu ou les polices de mœurs moquées en 1968 mais les pouvoirs publics, les parents, les éducateurs, les autorités régulatrices des plates-formes Internet, les acteurs de la protection de la jeunesse, désormais en première ligne d’un fait de société qu’elles ont ensemble, au mieux, négligé.

Décivilisation ? Elle est peut-être d'abord dans cette jeunesse esseulée et droguée au porno. Violences faites aux femmes, exhibitionnisme, inégalités sexuelles, esclavagisme moderne, prostitution étudiante, destruction de la sphère familiale, violences, harcèlements, agressions sexuelles… tout est contenu dans ces smartphones dégoupillés comme des grenades entre des mains d’enfants.

La génération 68 des grands-parents fascinée par la jouissance sans entraves, suivie de la génération 80 des parents fascinés par la télé ont, ensemble, livré à elle-même la génération 2000 qui cumule les deux tares : le libéralisme des mœurs et l’individualisme encouragé par la toute-puissance médiatique, industrielle et financière des concepteurs des smartphones et de leurs contenus.

Une ultime solution demeure. Pour tous à portée de main. Retirer des petites mains cette grenade qui défigure les enfants. Il reste encore quelques enfants à sauver. « Les femmes et les enfants d’abord », dit-on sur le pont d’un navire qui naufrage. C’est au soin qu’on leur apporte qu’on mesure l’état d’une civilisation.

Iris Bridier
Iris Bridier
Journaliste à BV

Vos commentaires

24 commentaires

  1. Retirer le smartphone à votre enfant ne suffit pas. Il faut aussi lui garantir un cadre dans lequel il évoluera avec des semblable à lui.
    En effet, si il est le seul de son collège à être privé de téléphone, il sera ostracisé et probablement harcelé par les petits sauvage sans éducation.
    Car si vous faites le nécessaire, il reste les problèmes extérieurs à votre foyer et les établissements scolaires d’excellence sont rares et très demandés. Beaucoup plus rares que les petits sauvages.

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