Le 17 juin 1940, le maréchal Pétain appelle à « cesser le combat » et demande à l’ennemi « s’il est prêt à rechercher […] les moyens de mettre un terme aux hostilités ». Les pourparlers se réduisent à l’essentiel, au strict minimum. Les délégations allemande et française se rencontrent une première fois, dans l’après-midi du 21 juin 1940, à Rethondes, là même où, 22 ans plus tôt, l’Allemagne avait signé sa reddition emportant avec elle les lambeaux de son Empire. Ce sont les Allemands qui mènent le jeu, comme l’avaient fait les Français et leurs alliés en 1918.

Les principaux représentants français sont : le général Charles Huntziger (1880-1941), commandant de la 2e armée, le général Jean Bergeret (1895-1956), chef d’état-major de l’aviation, le vice-amiral Maurice Le Luc (1885-1964) et l’ambassadeur Léon Noël (1888-1987), représentant le ministre des Affaires étrangères. Tous quatre ont pour objectif que la flotte française ne soit pas revendiquée par l’Allemagne hitlérienne afin qu’elle ne se retourne pas contre les Anglais.

Le texte de l’armistice comporte 24 articles. L’article 2 instaure une ligne de démarcation entre le nord, occupé par les Allemands, et le sud, laissé aux mains du gouvernement qui, resté en grande partie à Bordeaux, a commencé à s’installer à Vichy dès le 16 juin. L’article 8, de manière assez inattendue, affirme, « solennellement », que « le gouvernement allemand n’a pas l’intention d’utiliser pendant la guerre, à ses propres fins, la flotte de guerre française stationnée dans les ports sous contrôle allemand ». Pour le reste, toutes les conditions sont classiques : démobilisation, désarmement des troupes armées françaises, prise de contrôle par les Allemands et Italiens des aérodromes, ports, installations militaires… Les prisonniers allemands seront remis au Reich mais les prisonniers de guerre français le resteront jusqu’à la fin du conflit…

Dans la nuit du 21 au 22 juin et tout le long de la journée du 22, les échanges sont réguliers entre les représentants français et le gouvernement de Pétain. Ce dernier souhaite que Bordeaux soit momentanément préservé de l’avance allemande, ce qui sera fait ; que l’aviation française ne soit pas livrée, ce qui sera admis, et que la flotte française reste intacte. Les conversations sont clandestinement écoutées et enregistrées par les Allemands. Mais dans la clairière de Rethondes, l’impatience gagne les Allemands. Ils exigent qu’à 19 h 30 (heure allemande) leur soit donnée une réponse définitive. La délégation française reçoit d’ailleurs l’ordre de signer de la part du maréchal Wilhelm Keitel (1882-1946). Des décennies plus tard, Léon Noël est encore traumatisé par le ton du maréchal : « Si je n’avais pas su l’allemand, j’aurais pu croire qu’il s’apprêtait à nous faire fusiller sur le champ. Ce n’était qu’un aboiement furieux… » [1]

À 18 h 50, le général Keitel, qui a d’abord demandé une minute de silence « pour honorer la mémoire de ceux qui, de part et d’autre, ont versé leur sang pour la patrie », appose sa signature au bas de la convention. Dans le wagon n° 2419 D de la Compagnie internationale des wagons-lits, remis à la place exacte qu’il occupait, le matin du 11 novembre 1918, le général Charles Huntziger signe à son tour. Hitler peut jubiler. La délégation rentre à Paris à 19 h 05.

Le 23 juin, la même délégation française se rend à Rome, dans la Villa Incisa all’Olgiata où le même accord d’armistice est signé à 19 h 30 en présence du maréchal Badoglio (1871-1956) pour entrer en vigueur le lendemain, à 1 h 30. Le 24 juin 1940, l’armistice franco-italien est signé. Et le 25 juin, à 0 h 35, le cessez-le feu entre en vigueur sur tous les fronts. La France n’est officiellement plus en guerre, mais elle la poursuit de Londres et de son Empire.

[1] Jean Lacouture, De Gaulle, Le Rebelle

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