Editoriaux - Musique - Société - Table - 24 mai 2017

Et 22 âmes de plus pour saint Pierre

Parcourir les journaux, dans sa veille matinale, pour se tenir au courant de l’actualité et écrire un article bien senti pour cette personne exigeante qu’est le lecteur de Boulevard Voltaire, ce n’est pas une mince affaire. Par exemple, ce matin, gueule de bois “Je suis Manchester” dans les journaux que je parcours en sirotant un mauvais café. “Manchester déploie son esprit de résistance”, titre Le Monde. Oui, parce que la résistance, ça fait vulgaire… Nous, en Europe, terre de penseurs, nous cultivons l’esprit de résistance – la formule est plus élégante. 

Dans 20 Minutes, Alain Rodier écrit : “En touchant des enfants, les terroristes veulent traumatiser encore davantage l’opinion publique.” Merci, Einstein ! Rappelez-nous la définition de “terroriste”, déjà ? Brillante analyse d’un “spécialiste” nous expliquant que le terroriste terrorise…

Mais ne nous arrêtons pas là. Le Figaro poursuit dans un titre : “Le terrorisme islamiste poursuit sa guerre contre l’Europe.” Repartons du postulat de base : la guerre implique au minimum deux belligérants, l’un qui attaque, l’autre qui défend, et vice versa. C’est-à-dire que la guerre de l’un est la guerre de l’autre… sauf dans cette Union européenne qui n’est pas en guerre mais quand même attaquée. Pas étonnant, avec de tels problèmes de langage, que nul ne se défende et que les enfants y passent.

Alors, que nous révèle cette énième attaque ? 

Tout d’abord, que les Européens demeurent inconscients, sans instinct de préservation et de protection en laissant leurs enfants et ados aller à des concerts (ou dans tout lieu clos depuis le Bataclan ou Orlando). 

“Ils ne doivent pas nous empêcher de vivre et de faire ce que nous voulons”n me répondra-t-on. Attitude qui promet des lendemains qui chantent… Je m’explique. 

Tout tourne autour de la notion de courage dans deux sociétés : pour l’une, c’est l’esprit de résistance en continuant à vivre et en allant toujours voir des concerts (plutôt festivus), pour l’autre, c’est se faire péter dans un endroit où il y a le plus de monde possible (plutôt islamiste)… Sauf que lorsque ces deux courages se télescopent, on connaît à l’avance le gagnant : la musique adoucit les mœurs et soigne les blessures, elle n’a jamais arrêté le souffle d’une explosion ! 

Enfin, cette attaque nous révèle (s’il est encore besoin) ce novlangue insupportable qui préfère le terme “incident” à “attaque”, qui atténue délibérément les termes pour ne pas froisser, qui cultive un savant flou sur l’ennemi pour ne pas faire l’amalgame, les réactions d’amour et de soutien derrière des ordinateurs, Twitter, Facebook, les hashtags, les tee-shirts… 

Les soldats de Mahomet tuent nos enfants et la seule réaction qui vient à l’esprit des parents (certains) et adultes (tous) que nous sommes est “Vous n’aurez pas ma haine” ? Notre génération et celle de nos parents paieront un jour, et d’une manière ou d’une autre, le prix de leur lâcheté.

Mon café immonde fini, je coupe tout, après avoir râlé virtuellement derrière un clavier. Je peux partir en week-end prolongé, haut les cœurs, le devoir accompli… Et je laisse le boulot à saint Pierre aux portes du paradis. Voilà sans doute un arrivage de petites âmes qui va le troubler au plus haut point : sur la violence des hommes, d’abord ; sur la lâcheté des pères d’Europe, ensuite !

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