Editoriaux - Politique - 17 janvier 2018

2017 année de la paix ? Pas pour le pape François !

À quoi pensait le pape François en déplorant, dans son message de Noël, « que soufflent sur le monde des vents de guerre » ?

Il ne faut certes pas exclure que le Saint-Père ait des intuitions à caractère mystique, dont ne bénéficient pas les simples mortels, mais la géopolitique est d’abord affaire d’analyse rationnelle.

J’ai relu les messages de Noël du pape François depuis son avènement ; y sont certes passés chaque fois en revue les conflits qui se déroulent un peu partout dans le monde et les tragédies qui en résultent, ainsi que des situations de tension interne qui n’ont pas un caractère aussi tragique, telle celle du Venezuela, mais dans aucun de ces messages, qui s’étalent de 2013 et 2016, le Saint-Père ne s’était montré aussi alarmiste.

Pourtant, jamais la paix dans le monde n’a fait autant de progrès qu’en cette année 2017 qui vient de se terminer. Deux événements majeurs la marquent : la paix en Syrie et la paix en Irak. Certes, dans aucun de ces deux pays la situation n’est entièrement stabilisée, des poches de dissidence subsistent ici ou là, mais les populations ont repris espoir, en particulier les chrétiens d’Orient, si chers à nos cœurs.

Il est vrai que ces progrès sont dus à des personnalités qui n’ont pas l’heur de plaire aux maîtres de l’opinion occidentale : Donald Trump et Vladimir Poutine. Poutine a soutenu le gros de l’effort qui a permis au gouvernement légal (dit « régime de Bachar el-Assad ») de reprendre le contrôle du territoire syrien. Trump, à la différence de son prédécesseur, l’a laissé faire, bloquant notamment, à la fin de l’été (décision capitale), un navire d’armements affrété par la CIA et destiné au mouvement Al-Nosra (ex-Al-Qaïda).

En Irak, Trump a accéléré la prise de Mossoul que le gouvernement Obama avait entreprise mais qu’il ne paraissait pas pressé de mener à son terme.

Ne sont, en revanche, pour rien dans la paix les autres gouvernements de l’OTAN qui auraient voulu empêcher le retour des réfugiés en Syrie (Macron a même demandé au président libanais de les retenir !).

Il est vrai, aussi, que cette élimination du djihadisme est passée par des opérations chirurgicales qui ont fait des victimes civiles : des centaines à Alep, des milliers à Mossoul, dont personne n’a parlé. Deux poids, deux mesures : à Alep, l’opération était menée par les Russes, à Mossoul par les Américains.

Donald Trump, l’« affreux », s’est avéré ainsi un authentique « artisan de paix ». Les rodomontades qu’on lui reproche, et qui sont peut-être les “vents de la guerre” dont parle le pape François, visent surtout le régime fou de la Corée du Nord, le seul régime totalitaire subsistant sur la planète.

Mais la vérité historique (et même spirituelle) se trouve rarement dans les apparences. On dit que Trump ne serait pas bien vu au Vatican en raison de ses mauvaises manières. Vrai ou pas vrai, il est probable qu’on y préfère les manières policées. Mais il faut aller au-delà des apparences : pas plus que l’habit ne fait le moine l’air urbain ne fait le faiseur de paix. Obama, prix Nobel de la paix, et sa comparse Hillary Clinton ont mis quatre pays en guerre, d’ailleurs cités dans le massage papal.

Trump, lui, n’a, à ce jour, pas causé de guerre et fait deux paix.

Il est vrai qu’on lui reproche de dresser des murs entre les peuples : sait-on que celui qu’il bâtit, à la frontière du Mexique, avait été commencé par Obama ?

Sait-on aussi, parmi les célibataires qui gouvernent l’Église, que, quand des enfants se disputent, le meilleur moyen de les calmer est de les séparer ? La plupart des guerres déclenchées au cours des dernières années par les forces de l’OTAN (six au total, deux sous Bush et quatre sous Obama-Clinton ) l’ont été au nom des droits de l’homme par des gens qui voulaient « ouvrir » des pays réputés fermés.

On ne s’attendait pas à ce que, dans son message de Noël, le Saint-Père félicite Trump et Poutine, mais au moins aurait-il pu saluer le grand pas qu’a fait la paix en 2017.

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