Si le 19 mai est attendu avec hâte pour les deux tiers des Français, pressés de boire un verre en terrasse ou d’acheter des chaussettes au supermarché sans entrave, que les 18-24 ans sont même 84 % à se sentir « heureux que ce arrive pour pouvoir enfin profiter à nouveau de la vie » (selon un sondage Odoxa), cela signifie qu’il reste encore un tiers de nos compatriotes que le déconfinement inquiète.

Terrible dommage collatéral de cette “guerre”. Une partie de la population est durablement traumatisée, à force de ne s’abreuver qu’à la source médiatique des recommandations gouvernementales et des statistiques. Elle vit désormais reclue derrière son cordon sanitaire, dans la peur et la méfiance, au point d’oublier cette évidence que rappelait récemment Edouard Baer : il y a une vie avant la . « C’est-à-dire que oui, c’est-à-dire que ce sont des périodes où on fait tout pour prolonger la vie, tout en la vidant de sa substance, c’est assez paradoxal. C’est-à-dire que l’on a l’impression que l’on va vivre beaucoup, beaucoup plus longtemps ou que l’on va moins mourir grâce à toutes les mesures qui sont prises, mais que l’on a vidé complètement la vie de beaucoup de ses intérêts. »

Ainsi cette habitante du Sud-Est, pourtant vaccinée, témoigne de ses habitudes dans Le Figaro : « Encore aujourd’hui, à chaque fois que je rentre des courses, je me change dans le garage et je monte prendre une douche. Et les produits qui ne vont pas au frais restent dans le garage pendant 24 heures ». Jugeant les mesures de déconfinement trop rapides, elle continuera de faire ses courses tôt le matin et restera isolée encore plusieurs mois. A l’inverse donc de Lola, cette étudiante de 26 ans pour qui le 19 mai est une journée bien chargée. Dans Le Parisien, elle ne cache pas son enthousiasme : « Ça va être la course, je veux tout faire en 24 heures ! Je vais prendre un vrai martini, dans un vrai verre avec la petite olive sur le côté ! » Au programme donc pour cette gourmande de la vie : terrasse, et musées, la liste des expositions en poche.

Entre ces deux attitudes opposées qui consistent à penser « à quoi bon tout est fichu » ou « ça ira mieux demain », il existe pourtant un point commun qu’avait remarqué Bernanos dans La Liberté pour quoi faire ? « Le pessimiste et l’optimiste s’accordent à ne pas voir les choses telles qu’elles sont. L’optimiste est un imbécile heureux, le pessimiste, un imbécile malheureux. » C’est donc un appel à la force d’âme pour affronter le réel et désirer l’espérance que nous lance l’auteur. Un enseignement édifiant dans lequel puiser en ces temps difficiles, sans aveuglement ni découragement, mais comme une invitation à surmonter le quotidien aussi chaotique soit-il. « On ne subit pas l’avenir, on le fait » nous transmet celui qui pressentait déjà les tribulations à venir du monde d’après.

 

18 mai 2021

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