C’était, après guerre, réservé aux règlements de comptes et au grand banditisme. Puis c’est devenu objet de menace et de mort dans les quartiers, zones de non-droit de la République. C’est, désormais, monnaie courante, au coin des rues, au bas des immeubles, à l’arrêt des bus. L’attaque au couteau fait désormais, quotidiennement, non plus la une mais les pages de faits divers de la presse régionale. Objet du quotidien, c’est une arme impossible à interdire, difficile à repérer, facile à emporter et capable, en une seule saute d’humeur, de tuer. Quand vous entendrez, sur la chaîne BFM de Marc-Olivier Fogiel, qu’un « déséquilibré », « sans histoire et inconnu des services de police », a agi comme « un loup solitaire » au moyen d’un « objet contondant », c’est de cela qu’il s’agira. Armé d’un couteau de cuisine, d’une lame de 10 cm, par des coups multiples à hauteur du thorax, on aura tué son prochain… Cela s’est passé près de chez vous.

Ainsi, Le Figaro relate les désormais 120 recensées, chaque jour, en France.

Elle est devenue l’arme favorite des djihadistes fanatisés qui, en échange de 72 vierges, ont promis à Allah de semer la terreur dans nos terres impies. Elle est le couteau suisse de ceux qui importent chez nous la barbarie qu’ils ont semée, ou quittée, chez eux. C’est le moyen le plus simple, pour nos enfants abreuvés de violences, de séries, de films d’horreur ou de jeux assassins, de reproduire, dans la cour de l’école ou à la sortie du collège, les scènes qui les ont abrutis jusque tard dans la nuit, orphelins de parents eux-mêmes affaissés devant leur télé. De plus petite lame, c’est l’objet discret de ces jeunes filles qui ne voient d’issue à leur vie et à notre monde que la solution de se scarifier. C’est, après les assiettes qui volent ou les rouleaux à pâtisserie, un exutoire plus incisif pour les scènes de ménage.

Villes, villages, quartiers, forêts, écoles, familles… partout, le couteau, objet familier et signe de fraternité partagée, est devenu l’arme fatale de notre société ensauvagée. La batterie de cuisine est devenue une batterie d’artillerie, le tiroir de la commode un arsenal, le couteau et ses risques un couteau pour les rixes. Nous l’avions conçu pour sortir de la barbarie et entrer dans la civilisation, avec ses compagnes la table, la cuillère ou la fourchette ; il est en train de devenir l’instrument de notre décadence, de notre barbarie, de notre décivilisation.

Filons la métaphore culinaire : nous ne pourrons certes pas, en un jour, faire baisser la température sous notre Cocotte-Minute™ qui menace d’exploser, mais peut être pouvons-nous, à notre place, retrouver le sens des gestes et le sens des outils. Couteau pour la cuisine que l’on prépare, pour le pain que l’on partage, pour l’apprentissage que l’on transmet, pour la poche toujours prêt à rendre service…

Couteau, outil ancestral du Français, peuple du grand air et des franches amitiés, redeviens aujourd’hui, nous t’en prions, cet ami de l’homme qui refuse d’être un loup pour l’homme.

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