Agriculture - Editoriaux - 18 septembre 2019

1.000 vaches en Normandie, c’est non !

L’histoire est belge mais elle ne fait rire personne à Houlbec-Cocherel, village de 1.300 âmes situé entre Vernon et Évreux, dans l’Eure.

Deux éleveurs, les frères Van Ranst, exploitants d’une société dénommée la SCEA Pérault, souhaitent rassembler leurs élevages et porter leur cheptel de 500 à plus de 1.500 bêtes. Élevées hors-sol, leurs vaches vivent et produisent du lait dans un système intensif. Sous bâtiments toute l’année, elles participent à la production industrielle de lait au profit d’une coopérative qui alimente la grande distribution. Ce n’est ni plus ni moins qu’une usine à lait qui cherche à s’agrandir.

Ce projet gigantesque concerne 17 communes et inquiète les 70 familles du lotissement voisin.

Une enquête publique vient d’être lancée et les habitants se mobilisent unanimement contre. Ils dénoncent ce modèle agricole dévastateur pour l’environnement, prédateur d’emplois et producteur de « malbouffe ». Europe 1 s’est déplacée, la semaine dernière, et l’association « Nos villages se soucient de leur environnement » (NOVISSEN) créée pour s’opposer à la ferme des 1.000 vaches de la Somme les soutient désormais. La mobilisation ne demande qu’à s’intensifier car ce projet ne doit pas voir le jour.

88 % des Français se déclarent opposés à cette forme d’élevage !

Désormais, la défense de l’environnement et la préservation de notre sécurité alimentaire sont devenues grandes causes du XXIe siècle. Les Français veulent consommer sain et local. Ils y sont, d’ailleurs, encouragés par les politiques publiques qui s’emploient à réduire l’émanation de gaz à effet de serre et à renouveler le verdissement de nos métropoles. Les producteurs, quant à eux, rivalisent d’imagination afin de faire connaître leurs produits en vue de les commercialiser directement au consommateur.

Depuis soixante ans, la production intensive, la mécanisation outrancière, le mépris affiché pour les savoir-faire ancestraux ont engendré une fracture profonde du monde paysan. Ce projet arrive complètement à contretemps dans un monde rural qui n’a que trop souffert de l’exploitation outrancière de ses surfaces.

Le délitement généralisé des tissus économique et sociologique des zones rurales de notre pays est la conséquence de ces dérives. Produire toujours plus à des coûts toujours plus bas ne permet pas d’assurer une qualité suffisante et conduit de nombreuses exploitations à la cessation. Des milliers d’agriculteurs et PME de l’agroalimentaire travaillent d’arrache-pied au profit de cinq centrales d’achat. Le rapport de force est destructeur et les lendemains libre-échangistes n’augurent rien de bon. Ils ont détruit des pans entiers de notre industrie et de notre agriculture pour satisfaire une criminelle vision idéologique !

Nous sommes à l’avant-garde des pays prêts à des efforts environnementaux conséquents, nous sommes les précurseurs d’une agriculture verte et durable, gage de santé, de fertilité et d’avenir.

À nous de défendre un modèle raisonnable et raisonné d’agriculture assurant une qualité nutritionnelle des produits, garantissant la santé publique, convenant au bien-être animal et protégeant l’environnement, indispensable pour l’avenir.

1.000 vaches, c’est non !

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