Document - Editoriaux - Histoire - Justice - Médias - Politique - 13 décembre 2017

Thierry Solère et Jean-Jacques Urvoas pris la main dans le sac

Voilà qui ne va pas rehausser l’idée que se font les Français de la politique, ni l’estime qu’on peut porter à Thierry Solère, député LREM, ex-LR, via les « Constructifs ». Il sait, selon le mot du Cyrano d’Edmond Rostand, « exécuter des tours de souplesse dorsale ».

Figurez-vous que Le Canard enchaîné, habile dans l’art d’éclabousser les politiciens imprudents, nous apprend que ce député, passé en quelques mois de Fillon à Macron, aurait bénéficié, entre les deux tours de la présidentielle, d’informations confidentielles sur une enquête judiciaire le concernant. L’auteur de ces fuites ? Le ministre de la Justice en personne, Jean-Jacques Urvoas. Voilà qui n’est pas banal ! « Au mépris du secret inhérent à sa fonction », souligne perfidement le vilain petit canard.

Rien de plus naturel, pourtant. On aurait soufflé à l’intéressé, histoire de l’appâter, qu’il pourrait bien être nommé ministre de l’Intérieur, en cas de victoire d’Emmanuel Macron contre Marine Le Pen. La défaite de son parti étant acquise, il fallait bien, le pauvre, qu’il préparât son avenir et sût avec certitude s’il ne traînait pas quelque casserole.

Comme dans un mauvais roman d’espionnage, le garde des Sceaux lui aurait transmis une note confidentielle à travers la messagerie cryptée Telegram qui, comme on le voit, n’est pas seulement fréquentée par des terroristes. Le message se terminerait par une aimable formule : « Amitiés, Jean-Jacques Urvoas ». Mais Thierry Solère, le naïf, aurait conservé une copie du document dans son propre téléphone : une perquisition le trouva !

« C’est délirant : ces mecs jouent aux espions en utilisant des messageries soi-disant secrètes, et ils se font prendre comme des bleus ! », aurait déclaré un enquêteur au Canard enchaîné. Car cette violation du secret professionnel, de surcroît par un ministre de la Justice, ce n’est pas rien. Jean-Jacques Urvoas pourrait bien se voir assigné devant la Cour de justice de la République.

Certes, pour le moment, les deux protagonistes de cette affaire sont présumés innocents. Peut-être ont-ils cru qu’en tant que député ou ministre, ils étaient au-dessus des lois : les lois, c’est bien connu, peuvent être violées par ceux qui les font. En tout cas, si cette information du Canard enchaîné est confirmée, il sera une fois de plus démontré qu’un certain nombre de politiciens ne sont pas aussi irréprochables qu’ils le prétendent.

On verra, dans les jours prochains, si les médias se contentent de le signaler ou s’ils en font tout un plat, comme pour l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national, qui fait plus de bruit – on se demande bien pourquoi ! – qu’une affaire similaire au MoDem. Emmanuel Macron, qui a voulu moraliser la vie publique en faisant voter une loi pour la confiance dans la vie politique, ferait bien de commencer par balayer devant sa porte.

Pauvre Thierry Solère ! Ce n’est pas agréable de se retrouver, pris la main dans le sac, dans la peau d’un Ganelon. Quant à l’ancien garde des Sceaux, qui a repris son métier de professeur de droit, souhaitons qu’il apprenne à ses étudiants l’article 11 du Code de procédure pénale sur le secret de l’instruction !

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