Editoriaux - International - 21 octobre 2018

Sadiq Khan en tête de gondole, les anti-Brexit dans la rue

« Une gigantesque marée humaine, cinq mois avant la date officielle du Brexit, 570.000 Britanniques sont venus de tout le pays pour réclamer un nouveau vote. » C’est ainsi que la journaliste du Soir 3 commente la manifestation de samedi, à Londres. Et des jeunes en tête du cortège. L’un d’eux explique que le Brexit renverra la Grande-Bretagne aux années 30 : moins de prospérité, plus de racisme… Rien que ça. Et le maire de Londres, Sadiq Khan, en tête de gondole, d’expliquer que le patinage des négociations au sujet de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, les incertitudes, notamment sur la question de la frontière avec l’Irlande, justifient un nouveau référendum.

Les manifestants ? Le Monde en a interviewé certains. En première approche, les éternels gagnants de la mondialisation : communicants, profs, etc. Cela dit, nous dit le journal vespéral, « la foule était aussi plus diverse en âges et en origines sociales que les précédentes manifestations, même si les non-Blancs et le petit peuple britannique brillaient par leur absence ». « Le petit peuple britannique… » C’est-à-dire ? Le peuple ? On s’en fout pas un peu, du peuple, non ?

En tout cas, si cette manifestation ne réussit pas à faire changer la décision du Premier ministre britannique, à neuf mois des élections européennes, elle s’apparente tout bonnement à une propagande à bon compte du camp des « progressistes », puisque c’est ainsi que se qualifient les Macron, Merkel, Juncker und so weiter, and so on… À bon compte qui n’entrera pas dans ceux de la campagne des tenants du « progrès ». Car nous sommes d’ores et déjà entrés en campagne. Le levier ? Évidemment, la peur.

Une manifestation qui relève de l’énergie du désespoir, en quelque sorte. Le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande risque de retomber aux pires heures de Dickens. À n’en pas douter. Et, au fond, ce sera bien fait pour eux. C’est un peu l’idée à faire passer par chez nous. Alors, côté positif de l’affaire, avec une telle propagande, si on n’arrive pas à fiche la frousse aux bons peuples de ce côté-ci du Channel, ce sera à désespérer.

À désespérer de quoi, d’ailleurs? De la démocratie ? Elle a pourtant parlé, nous semble-t-il, au royaume de Sa Gracieuse Majesté, le 23 juin 2016, lorsque près de 52 % des Britanniques qui se donnèrent la peine de se déplacer aux urnes votèrent la sortie de l’Union européenne. Un référendum qui ne sortait pas d’une pochette-surprise, on l’a déjà oublié. Cela partait de plus loin et pas d’un coup de tête. Rappelons qu’en 2015, à l’occasion des élections générales, le Premier ministre David Cameron s’était engagé, s’il emportait le scrutin, à organiser un référendum sur la question du maintien ou pas du royaume dans l’Union européenne. Les conservateurs gagnèrent les élections le 7 mai 2015. Chose inouïe pour nous Français, les chefs des partis vaincus lors de ces élections générales, Ed Miliband pour les travaillistes, Nick Clegg pour le Parti libéral-démocrate, démissionnèrent ipso facto de la direction de leur parti. Rappelons qu’ils avaient fait campagne sur le maintien dans l’Union… Et, encore plus inouï, toujours pour nous Français, David Cameron tint parole puisqu’il organisa ce référendum un an plus tard, le 23 juin 2016. La question fut claire, sans ambiguïté : « Le Royaume-Uni doit-il rester membre de l’Union européenne ou quitter l’Union européenne ? » David Cameron fit campagne pour le maintien du royaume dans l’Union européenne. On connaît la réponse des Britanniques… Et David Cameron, le 13 juillet 2016, présenta sa démission à la reine et, deux mois plus tard, il quittait la Chambre des communes. On a vu moins splendide par chez nous, où l’on se targue de donner des leçons de démocratie à la Terre entière…

Mercredi dernier, Theresa May déclarait qu’« il n’y aura[it] pas de second référendum. Les gens ont voté. » Vraiment une originale, cette Theresa May. Une Anglaise, au fond…

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