Économie

Obsolescence programmée : réponse judiciaire ou éthique ?

 

Diverses affaires d’obsolescence programmée sont en train d’éclore sur la place publique : Apple briderait volontairement les performances et la durée de vie de ses téléphones afin de hâter une nouvelle occasion de vente ; Epson en ferait de même avec ses imprimantes et ses cartouches. Secret de Polichinelle, mais acte que la loi réprime dorénavant. Une jeune association au nom bondissant, « HOP » pour « Halte à l’Obsolescence Programmée », est à l’origine d’actions en justice. Bonne chance et bon courage à elle, tant dans son développement propre que dans les suites judiciaires des actions qu’elle entreprend : elle trouvera en face d’elle des avocats retors et dont les clients ne mégoteront pas sur leurs honoraires pourvu que l’opprobre d’une condamnation soit évité, ainsi que le coût des dommages. Et surtout, le temps judiciaire est long jusqu’au jugement conclusif.

Certes, HOP use de l’écriture inclusive dans ses statuts. Cela dénote une soumission à l’air du temps peu compatible avec la durabilité souhaitable pour ce trésor partagé qu’est le langage. Ceux qui militent pour le Grand Remplacement de la grammaire, dont certains qui se veulent écologistes, évoquent Big Brother et son novlangue et sont parfois de vrais totalitaires. Mais on ne peut que souscrire au contenu de son objet social : dénoncer l’obsolescence programmée, sensibiliser et former sur ce problème, proposer aux acteurs des actions et les fédérer.

Le désastre écologique vers lequel nous nous acheminons est une évidence pour tous ceux qui observent le gaspillage qui est fait des diverses ressources présentes sur terre. Si le concept de « jour du dépassement » peut sembler fumeux (parce qu’il réduit, sur une échelle unique de temps, des quantifications dont la pondération est arbitraire), le gaspillage est réel : celui des objets mis au rebut trop vite, celui des terres tuées par une agriculture dopée à la chimie nocive, celui des forêts qui disparaissent pour faire de l’huile de palme, celui des poissons pêchés à tort, en trop grande quantité et par des techniques trop efficaces et pas assez discriminantes… La liste n’est pas close.

Un bien, une chose, matérielle ou non, appartient à une personne physique ou morale qui peut en disposer. Ce droit n’est pas contesté, hormis par quelques paléo-marxistes qui réclament que les biens de production n’appartiennent qu’à la collectivité, avec l’efficacité désastreuse que l’on sait pour leurs tentatives passées de collectivisation généralisée. Peut-être convient-il simplement d’opposer à ce droit d’usage conféré par la propriété privée un devoir d’usage pour le bien commun. Par exemple, le devoir de faire durer tout objet pour que son utilisation perdure le plus longtemps possible. C’est le sens de la destination universelle des biens contenue dans la doctrine sociale de l’Église et rappelée au paragraphe 2404 du Catéchisme de l’Église catholique.

« L’homme, dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder comme communes, en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais aussi aux autres. La propriété d’un bien fait de son détenteur un administrateur de la Providence pour le faire fructifier et en communiquer les bienfaits à autrui, et d’abord à ses proches. »

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Qui sait ? La réponse judiciaire fera peut-être peur à certains, infléchira à la longue des comportements trop cupides, et tant mieux. Mais la meilleure réponse est sans doute d’ordre éthique et elle devrait être collective, dans nos modes de consommation.

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