Editoriaux - Société - 9 août 2018

Meurtre d’Adrien Perez : le traditionnel sociologue modérateur nous inflige son analyse

Chaque fait divers violent mettant en cause des personnes issues de la diversité voit son théoricien arriver sur le devant de la scène pour donner la version « scientifico-socio-plumo » des actes qui ont choqué l’opinion. Le meurtre d’Adrien Perez n’échappe pas à la règle avec, tout droit sorti du chapeau de France Info, l’inévitable sociologue du CNRS en charge de l’éclairage public sur les vraies raisons du drame.

Le relativiseur de service se nomme, cette fois-ci, Laurent Mucchielli. Sociologue, comme il se doit, du CNRS comme prévu, l’homme ne pouvait échapper au journaliste de France Info avide de théories rassurantes. Et il ne fut pas déçu. Des tubes à essai fumant du scientifique jaillit la lumière dont nous avions tant besoin : « Ce n’est certainement pas la succession de deux faits qui suffit à dire qu’il y a une quelconque flambée particulière », explique doctement l’interviewé.

À l’image des médias mainstream, la multiplication des attaques au couteau est passée sous silence, exclue de l’analyse. « Il y a 800 homicides par année, donc, potentiellement, presque trois par jour, ce qui est peu. La France est un des pays les plus tranquilles au monde, en réalité. » La famille du passager poignardé dans le bus de la porte de Clignancourt débouche le champagne. Tant de tranquillité mérite arrosage. L’agresseur, qui aurait demandé à sa victime « s’il parlait arabe », avant de l’assassiner (source Le Parisien)… La consonance du patronymes des propriétaires des mains qui tiennent les armes tranchantes n’entre pas, non plus, dans le champ des recherches… Tranquilles, nous sommes. Tranquilles, nous resterons. Chez France Info, c’est la liesse. Vivre dans un monde aussi pacifique est un vrai délice.

Les véritables raisons de ces quelques dérapages sont enfin délivrées par « Modérator », l’homme qui modère à la tronçonneuse : « Il y a souvent des violences intrafamiliales, avec des jeunes qui ont été eux-mêmes issus de familles très perturbées, voire violentes. » Là encore, le chercheur ne semble pas avoir cherché à savoir s’il existait éventuellement un lien entre les violences familiales et la culture de telle ou telle population, de tel ou tel milieu. C’est pas ça, pourtant, la sociologie ? L’éclairage promis n’est que lumière tamisée. Musique douce, ambiance feutrée… Le journaliste de France Info sirote un verre de petit lait tandis que l’argument massue fait son entrée sur scène : « Et ensuite, il y a beaucoup d’échecs scolaires ; c’est même le premier facteur, statistiquement, chez ces jeunes. »

T’as un zéro, t’achètes un couteau. Dicton connu depuis l’invention de l’école. À la première mauvaise note, le cancre se fournit un poignard, à la seconde, il l’aiguise et, à la troisième, il trucide le premier quidam qui ose le contredire. À raison de quatre mauvais élèves par classe, et de dizaines de milliers de classes en France, un véritable carnage est attendu d’une minute à l’autre. Terrorisé par la perspective, le journaliste de France Info renverse son verre. Les cheveux droits sur la tête, il sort de la boîte de nuit du CNRS et court avertir sa rédaction. L’échec scolaire est la source de tous les maux. La solution est trouvée : avant d’entrer dans une discothèque, le client devra présenter son bulletin de note au videur. Verre de petit lait offert.

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