Editoriaux - Politique - 1 novembre 2018

Marmande : le maire décide un couvre-feu pour les mineurs. Bon sens ou calcul préélectoral ?

Marmande, c’est tout près de chez moi. Pour vous, c’est un nom qui fleure bon la tomate ou le festival Garorock. Mais Marmande, petite sous-préfecture de moins de 20.000 habitants, c’est aussi une ville avec ses cités et une certaine jeunesse issue de l’immigration qui, depuis plusieurs jours, se signale par des feux de poubelle et des caillassages, dans la cité de la Gravette. Situation que le maire de la ville, Daniel Benquet, a décidé d’affronter, surtout à l’approche de cet Halloween où l’appel à la « purge » lancée sur les réseaux sociaux n’était pas qu’« une plaisanterie » puisque des caillassages et des interpellations ont eu lieu, hier soir, dans l’Essonne et à Lyon. Mais revenons à Marmande.

« Des groupes de jeunes, selon le maire, perturbent la circulation, brûlent des poubelles, invectivent les habitants et caillassent les véhicules des gendarmes et des pompiers quand ils interviennent dans ce quartier, ça ne pouvait plus durer. »

Le maire a donc pris un arrêté concernant les jeunes mineurs de moins de 17 ans : pour les quatre jours qui viennent, ils ont interdiction de sortir après 22 h s’ils ne sont pas accompagnés d’un parent. Interrogé par Europe 1, il a déclaré vouloir responsabiliser les parents. D’ailleurs, le journaliste de La Dépêche parti enquêter sur place a pu constater que, visiblement, le message avait été entendu puisque les groupes de jeunes étaient devenus invisibles.

M. Benquet a laisé entendre qu’il pourrait aller plus loin si cela était nécessaire :

« Si la situation ne se calme pas, je renforcerai l’arrêté au niveau de la durée, des horaires, de l’âge et du périmètre. »

D’un côté, le citoyen marmandais de base applaudit des deux mains. Mais, très vite, il se dit : « Enfin ! C’est pas trop tôt, Monsieur le Maire. » Et puis, en continuant son marché et en poursuivant sa réflexion, il se souvient que nous sommes à dix-huit mois des élections municipales, que le Rassemblement national réalise de très bons scores dans le Marmandais et le Lot-et-Garonne (Marine Le Pen arriva en tête dans le département au 1er tour et fit jeu égal avec Emmanuel Macron sur la ville de Marmande) et que la décision du maire de Marmande a peut-être un petit côté opportuniste.

Mais, au fait, quelle est son étiquette, à M. le Maire ? En fait, elle fluctue. Élu en 2014 contre la gauche à la tête d’une liste divers droite, mais vraiment de droite, il a, il y a quelques mois, adhéré au nouveau parti centriste, Agir-la droite constructive, qui soutient Emmanuel Macron. Et depuis le remaniement d’il y a quinze jours, le chef de ce parti qui n’a jamais affronté le combat électoral sous ses couleurs, M. Franck Riester, est devenu le nouveau ministre de la Culture d’Emmanuel Macron.

Il fut un temps assez proche où tout ce beau monde de la culture et du centre s’indignait quand un maire osait prendre des arrêtés de couvre-feu. Visiblement, les temps ont changé. Et l’on ne peut que s’en féliciter. Si être « constructif » revient à aller chercher les solutions d’une droite décomplexée, tant mieux ! Sauf qu’être constructif, pour M. Riester, c’est plutôt regarder avec dégoût de ce côté-là, pour ne pas moisir dans l’opposition et continuer sa carrière politique.

En va-t-il de même avec cette décision du maire « constructif » de Marmande ? Est-elle l’occasion, pour lui, de faire le grand écart, histoire de décrocher dans sa ville (où le député élu en 2017 est LREM), pour les prochaines élections municipales, une investiture ou un soutien LREM tout en mettant en avant des mesures de droite forte ?

On connaissait la salade niçoise façon Estrosi ; ici, ce sont les tomates de Marmande farcies à la mode Benquet.

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