Editoriaux - Justice - Médias - Supplément - 30 septembre 2017

Maëlys : l’appel émouvant des parents ne fera pas sortir le suspect de son silence

L’expérience n’a jamais empêché quiconque de se tromper et je prends également pour moi cette évidence. Mais il n’empêche qu’elle n’est pas non plus le pire éclaireur pour projeter de la lumière sur les tragédies, quelles que soient leur nature et leur intensité. Sur les interrogations qu’elles suscitent et les réponses qu’elles sollicitent.

Je n’ai pas pu me défaire d’un sentiment d’obscénité médiatique face à un plateau commentant l’émouvante et digne déclaration des parents de Maëlys. Ils se contraignent pour la première fois à une médiatisation pour convaincre le suspect de leur donner des informations sur le sort de leur fille, dont tout laisse à penser qu’un criminel l’a fait disparaître.

Ce n’est évidement pas cet appel des parents qui est obscène mais la manière dont il est exploité, comme s’il avait la moindre chance de convaincre cet homme qui se tait et résiste aux données de plus en plus accablantes de l’enquête. Les éléments, si on en croit les médias, sont constitués d’un faisceau de présomptions qui seraient largement suffisantes, même sans la découverte du corps de la petite victime, pour emporter une condamnation devant une cour d’assises. Sauf à considérer que l’aveu demeure la reine des preuves et qu’il convient une fois de plus, avant même tout débat à l’audience, de dépendre du bon vouloir d’une personne probablement gravement impliquée dans la commission du pire.

Ceux qui ont persuadé les parents au comble de l’angoisse de parler ainsi ont créé sans doute chez eux un traumatisme supplémentaire car, à moins d’un miracle, un suspect muré ne risque pas d’être attendri par un message de détresse, et pour une double raison : au mieux il campera dans une attitude qu’il imagine tactiquement habile de dénégation judiciaire, au pire il ne sera pas éloigné d’une forme de sadisme qui, le constituant comme maître des émotions d’autrui, lui offrira un sentiment de toute-puissance. S’il craquait maintenant, il ne serait pas un criminel, même si la prudence et le besoin d’optimisme nous commandent de le nommer suspect.

Pour ma part, pour faire don aux parents non pas d’un soulagement mais d’un semblant de pacification intérieure, c’est à bride judiciaire abattue que je ferais mener cette procédure pour une comparution dans des délais rapides devant une cour d’assises.

Je ne me fais pas d’illusion. Les parties civiles, dans tous les procès où elles attendent des révélations détaillées et décisives des accusés, sont déçues parce qu’elles supputent douloureusement, naïvement une humanité de l’autre côté de la barre alors qu’elle fait défaut et qu’elle ne se réserve et ne se consacre qu’à soi afin de sauver sa mise face à un jury populaire et à des magistrats à l’écoute.

Les parents de Maëlys n’échapperont pas à ce besoin mais je crains qu’ils ne butent sur la même abstention.

Mais ce n’est pas rien de faire cesser la torture par l’espérance et de poser sur un crime, une tragédie, l’implacable décret d’une condamnation judiciaire et sociale.

Extrait de : Justice au Singulier
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