Macron, macro et micro sont dans un bateau…

J’avais un excellent ami qui me faisait monter la tension dès qu’on abordait le domaine de l’économie. Il avait toujours ce mot que j’exècre à la bouche : la « macro ». Il fallait toujours voir plus large, plus loin dans l’espace et dans le temps. Comprendre que, « globalement », on vivait mieux tout autour de la planète, que la misère reculait dans les coins reculés, etc. À quoi je répondais que celui qui compte pour s’acheter une baguette de pain se fout bien de la macro et du long terme. Que ce qu’il veut, c’est nourrir sa famille ici et maintenant.

Discussion impossible, points de vue irréconciliables, dialogue de sourds où chacun dit juste. Le problème est qu’on ne parle pas de la même chose, et c’est exactement ce qui se produit aujourd’hui : monsieur Macron ne pense que macro. Les Français, dans leur grande majorité, pensent à ce qu’ils vont mettre dans leur assiette à midi et dans leur voiture le soir.

Notre monde, hélas, est en train de se découper ainsi, entre ceux qui raisonnent « macro », nous promettant le revenu universel ET la fin du monde, et ceux qui se moquent bien de savoir si demain les poules auront des dents.

Dans sa chronique matinale, sur RTL, François Lenglet s’intéressait, vendredi, à la dernière étude de la fondation Jean-Jaurès, laquelle semble s’étonner d’une évidence : « Le soutien au mouvement des “gilets jaunes” varie considérablement en fonction de la classe sociale. » Quand les ouvriers le soutiennent à 62 %, les cadres ne sont que 29 %. À cela une raison simple : « Les professions les mieux rémunérées habitent généralement dans les centres-villes et ont moins besoin de leur voiture que les habitants des périphéries de métropole ou des petites villes. »

Et plus on s’éloigne, plus on roule « sale » (puisqu’il paraît que c’est sale) : « En ville, [le diesel] c’est 50 % du parc. À 25 km du centre, 70 % du parc. Et à 80 km du centre, 78 % des véhicules sont des diesel. » Autre évidence, « la voiture est un élément clé de la vie des ruraux et des habitants de grande banlieue, ce qui n’est pas le cas pour les citadins. C’est la raison pour laquelle la grogne contre les 80 km/h avait été plus forte en région, c’était un signe avant-coureur de la révolte des “gilets jaunes”. »

Politiquement, ça signifie que la France qui a voté Macron au premier tour est fort peu jaune. En revanche, « il y a une forte mobilisation dans les bastions frontistes, dans le sud de la France en particulier. La corrélation avec l’électorat de Mélenchon est plus distante. Mais le facteur clé, celui qui détermine la participation et le soutien, c’est le rapport à la voiture… Qui, lui-même, est corrélé avec le lieu de résidence. Qui, lui-même, dépend du milieu social et des moyens financiers. »

Conclusion de l’étude : l’écologie est une préoccupation de riche. CQFD. Fin du monde et fin du mois, largués de la mondialisation, etc.

À ce propos, le même François Lenglet expliquait sur LCI que tout n’était peut-être pas à rejeter dans la politique de Donald Trump. Ainsi, la renégociation de l’ALENA opérée par Trump « est très intéressante », disait-il. « Il y a des clauses qui, explicitement, disent “Il est désormais interdit d’exporter aux États-Unis des voitures qui sont fabriquées par des salariés qui gagnent moins de 16 dollars de l’heure”. Ce sont des choses qui paraissaient impensables il y a dix ans. On se disait : ça va s’ajuster, le niveau des salaires des Mexicains va monter, ce qui est avéré. » C’est là où l’on retrouve nos adorateurs de la « macro », mais en attendant, souligne Lenglet, « la pression sur les salaires américains a bien eu lieu. Et, chez nous, ce sont les Slovaques qui fabriquent les voitures avec un SMIC qui est le tiers du nôtre. » Et comme il y a toujours plus pauvre à exploiter, « les Slovaques eux-mêmes sont maintenant concurrencés par les Serbes, par les Ukrainiens, qui gagnent deux fois moins. Donc, c’est une espèce de dépression de laquelle il va bien falloir sortir. »

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