Cinéma - Editoriaux - Justice - Religion - Société - 21 février 2019

Grâce à Dieu, l’innocent est présumé coupable

« Ce n’est que dans les tribunaux que la Justice se rend » et pas dans les salles de cinéma, clame l’avocat du père Bernard Preynat à propos de l’autorisation de la sortie en salle du film Grâce à Dieu.

Ce long-métrage, tiré de faits malheureusement réels, retrace l’histoire de trois hommes, anciens scouts, accusant le père Preynat d’avoir abusé d’eux quand ils étaient à la troupe. Le père se retrouve mis en examen en janvier 2016 et placé sous contrôle judiciaire. Dans les faits, le procès devrait avoir lieu dans le courant de l’année 2019. Quant au film, il condamne déjà le père et le charge de toutes les accusations dont il fait l’objet dans la réalité.

La même Justice qui examinera le dossier dans les mois qui suivent est celle qui a permis l’autorisation de sortir en salles, ce lundi 18 février. C’est encore cette même Justice qui a la mission, chère à son cœur, de faire respecter les droits de l’homme dans notre démocratie, et en particulier le principe rappelé à l’article 9 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 selon lequel tout homme est présumé innocent tant qu’il n’a pas été déclaré coupable.

Rien ne vous choque ? Le père est, pour le moment, présumé innocent et c’est son droit fondamental, d’après la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Pourtant, le tribunal de Paris permet qu’un film, retraçant son histoire en avérant toutes les accusations portées contre lui, sorte en salle et soit mis à la disposition du public.

Posons-nous la question : la Justice ne prendrait-elle pas partie par cette autorisation en faveur d’une condamnation du père Peyrnat, alors que les juges n’ont pas encore eu accès au dossier dans le contexte d’un procès ? Une Justice impartiale, vraiment ? Certes, les faits l’accablent, mais n’a-t-on pas vu un non-lieu rendu le 15 février 2013 au sujet d’un prêtre du diocèse de Rouen, soupçonné en 2010 de détenir des images pédopornographiques ? Et c’est un exemple parmi d’autres, il est donc sage, de la part de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, de poser un tel principe. En donnant une telle autorisation, la Justice condamne le père Preynat aux yeux du public.

Car vous pensez bien que ce qui restera en mémoire de Pierre ou Jacques, ce sera la condamnation retracée dans le film et non l’issue du procès, que cette dernière soit celle du film ou non.

De plus, ce film tombe à pic car, avec la sortie du livre Sodoma, François Ozon, le réalisateur, peut compter sur le thème « à la mode » et espérer un succès facile. Sous couvert de décrire « la fragilité masculine », c’est pourtant d’un présumé innocent qu’il s’agit, mais déjà condamné dans l’esprit du public. Et c’est bien ce que nos contemporains en retiendront, quelle que soit l’issue du procès, bien réel, celui-là.

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