Editoriaux - Justice - Le débat - Politique - Table - 25 mars 2018

Fichés S, radicalisés binationaux : ça continue sous Macron comme sous Hollande ?

Le Monde nous le dit : l’attentat de Trèbes et de Carcassonne constitue « une première épreuve pour Macron ». L’attentat de Marseille, qui avait coûté la vie à deux jeunes filles, n’avait visiblement pas eu cet effet. Il faudra, d’ailleurs, nous expliquer un jour (et ce sera le rôle des historiens, car les journalistes répugnent à le faire) pourquoi il faut une réplique, et même souvent plusieurs répliques, pour que nos gouvernants réagissent. Ou, plus exactement, donnent l’impression de réagir. Hollande avait eu Charlie, mais il n’avait réagi vraiment, au Congrès de Versailles, en proposant la déchéance de nationalité, qu’après le Bataclan. Mesure qu’il avait, d’ailleurs, abandonnée un mois plus tard, effrayé par les cris de Mme Taubira et l’opposition d’un certain… Emmanuel Macron.

Mais, depuis la débâche de Hollande et l’élection de M. Macron, les choses ont-elles avancé sur les fichés S, les radicalisés, les binationaux, le droit du sol, les conditions pour acquérir la nationalité ?

Non, rien n’a bougé depuis novembre 2015. Plus grave : les débats sur les fichés S, la déchéance de nationalité et les autres mesures vigoureuses à prendre en matière d’immigration, de Justice, de sécurité ont disparu après la présidentielle, comme si elle avait tout réglé et clos le débat. La droite elle-même, empêtrée dans ses échecs et ses problèmes de leadership, sidérée par le moment Macron, ne les pose même plus.

Face à ce nouvel attentat, Le Monde nous dit encore que le trio Macron-Philippe-Collomb s’est redéployé comme le faisaient Hollande-Valls-Cazeneuve. La caravane pathétique avec son coryphée, le procureur Molins, pour le journal de vingt heures. La France fait du surplace sur le fond et se donne l’illusion de survoler tout ça. Mais, pendant ce temps, la gangrène islamiste ne cesse de gagner du terrain.

Il ne faudrait pas que le geste héroïque du lieutenant-colonel Beltrame empêche de remettre sur la table toutes ces questions et serve de nouvelle occasion à nos dirigeants pour fuir leurs responsabilités. Les Français ne le supporteront pas. En effet, le parcours de Radouane Lakdim est éloquent. Un cas d’école. Ce sinistre fiché S, binational (et peu importe que la nationalité française lui ait été accordée à douze ou vingt ans), qui alignait on ne sait plus dans quel ordre trafics, condamnations, séjours en prison, détention d’armes, vivait donc tranquillement, en promenant son chien, dans sa cité si bien nommée Ozanam, à Carcassonne.

Si MM. Macron et Philippe, qui se montrent volontiers très réformateurs et parfois transgressifs en demandant à certaines catégories de la population de se remettre en cause, ne bougent pas fortement sur ces sujets, alors ils perdront toute crédibilité, et sur tous les dossiers. Et tous les ressentiments à leur égard, toutes les révoltes contre eux seront légitimés.

Pour nos dirigeants, le choix est simple : le courage politique ou la hollandisation. N’en déplaise à tous les admirateurs du Président Macron, si nombreux à droite et, parfois, jusque sur Boulevard Voltaire, pour le moment, Macron n’a pas fait mieux que Hollande sur LA question posée à la France par MM. Merah, Coulibaly, Salah, et donc, depuis vendredi, par Radouane Lakdim. Aucune vision de fond et de long terme, aucune action forte et transgressive. Pour un Président qui répète à l’envi qu’il veut aller vite et sans faiblir, cette inaction depuis un an pourrait coûter très cher.

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