Editoriaux - Polémiques - Politique - 20 septembre 2018

Et si l’on se mettait à table, Monsieur le Président ?

Après cette audition bien fignolée de monsieur Benalla au Sénat, certainement préparée de longue date, les Français restent sur leur faim. Ils n’ont pas réussi à avaler toutes les couleuvres que le gouvernement leur a servies, même avec l’aide bienvenue du barbecue et du rosé de l’été. Pour reprendre la phrase culte du film Les bronzés font du ski, « c’est goûtu, ça a du r’tour » ! Du retour, oui, malheureusement pour vous, Monsieur le Président, car la presse, même celle qui vous est habituellement favorable, remet le couvert et cherche à savoir, au contraire de la fumeuse commission d’enquête nommée au mois de juillet, qui est le chef étoilé qui a concocté la carte « Benalla » ?

Un menu d’exception, s’il en est, qui semble pourtant déjà faire fuir le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, pourtant habitué aux mets élaborés dans le secret des cuisines, des grandes tables de Lyon, capitale de la gastronomie. D’ailleurs, c’est certainement parce qu’elles lui manquent beaucoup qu’il a décidé de quitter votre table pour rejoindre la capitale des Gaules. Décidément, « Gégé », comme l’appellent affectueusement les Lyonnais, n’aime pas la tambouille, et encore moins le couscous cher à Benalla. Il faut dire, pourtant, qu’il a bien essayé de nous en refiler la recette…

Parce que c’est bien un couscous, que vous nous servez depuis le début de l’été. Tout y est : la semoule dans laquelle le gouvernement pédale, la patate chaude que les uns et les autres tentent de se refiler, la carotte avec laquelle on tente de faire marcher les Français, les épices qui feront du mal quand on va essayer de le digérer, et le navet. Car, convenons-en, c’est bien d’un navet qu’il s’agit, un mauvais « remake » de La Grande Bouffe, avec le talent des acteurs en moins. Un mauvais scénario pour notre République qui risque de l’empoisonner avec les salades que votre gouvernement lui sert depuis qu’il a été formé.

Aussi, Monsieur le Président, comme vous avez fait l’acquisition, récemment, d’un service de porcelaine digne de vos hautes fonctions, il serait peut-être temps de changer la nappe et d’utiliser cette nouvelle vaisselle pour, cette fois, vous mettre vraiment à table. Les Français ont faim et soif de vérité. Et l’on sait ce dont un peuple, privé de pain, qui lorgne sur les brioches du pouvoir est capable !

Mais ne tardez pas, car les ingrédients de ce brouet détonnant ont presque atteint leur DLC (date limite de consommation) et le peuple de France, pays réputé pour sa gastronomie, a horreur qu’on lui refile de la bouffe frelatée. Il est urgent de nettoyer les dépendances de l’Élysée, haut lieu d’un État qui se veut exemplaire.

Vous aurez beau servir, à chaque fois, la soupe longuement mijotée par les uns et les autres dans les cuisines de votre palais depuis le début de cette malheureuse affaire, elle est trop brûlante et soulève inlassablement le couvercle de la marmite depuis plusieurs mois maintenant. Elle s’avère, finalement, trop salée pour convenir aux Français qui l’ont goûtée en tordant la bouche et qui, pour l’heure, se contenteraient volontiers d’un bon verre d’eau pure et, surtout, transparente.

Commentaires fermés sur Et si l’on se mettait à table, Monsieur le Président ?

À lire aussi

FIAC 2018 : l’art contemporain, c’est du business, nom d’une pipe !

« Croyez-le ou pas, je peux effectivement dessiner », disait, en son temps, Basquiat. On a…