Editoriaux - Société - 22 juillet 2018

Berceaux vides et bateaux pleins

Les articles sur la baisse de la natalité en France, en Europe, au Japon… sont fréquents depuis des années (y compris sur Boulevard Voltaire). Même des pays comme le nôtre qui, longtemps, ont donné des signes de résistance à la tentation des lemmings ont maintenant rejoint les statistiques communes, et les chiffres seraient encore plus bas si les naissances d’enfants automatiquement français dans les familles immigrées ne venaient relever les courbes. Il est des optimistes comme Hervé Le Bras, qui demandent d’attendre que les femmes aient procréé sur le tard pour faire le point, et des pessimistes qui voient l’inexorable déclin de notre pays et parlent d’« hiver démographique » (Nicolas Baverez). Longtemps, des explications par l’Histoire semblaient convaincantes : l’Allemagne culpabilisée par son passé sans cesse remué, de même pour le Japon, l’Italie et l’Espagne post-franquiste. Et la France, d’abord sortie la tête haute de la guerre, s’est vue dans les années 70 attaquée à la fois comme collaborationniste sans état d’âme et abominable colonialiste. Repentance exigée, cendres sur la tête et mea culpa à la louche.

Mais aujourd’hui, les statistiques mondiales montrent que ces explications ne suffisent plus. Des pays sans culpabilité ni repentance voient leur natalité baisser aussi en Europe – laissons ici de côté la Russie. Quant à incriminer la politique familiale de la France, très efficace dans l’après-guerre, mais fortement écornée depuis des années, c’est un argument important, mais sans doute insuffisant. Alors, on met en cause l’hédonisme généralisé, la décomposition des familles, les unions stables plus tardives, les longues études et, pour les femmes, le calcul de la période la plus favorable après quelques années de travail. Tout ceci ne manque pas de vérité, même si le « désir d’enfant », les revendications de GPA, PMA… occupent le terrain et donnent à croire que la procréation est un désir répandu.

Il faut sans doute voir plus large encore : un affaissement du vouloir-vivre en Europe. Quand l’Afrique croît sans relâche, même dans les pays les plus pauvres, exposés aux conflits et aux violences, et que les pays musulmans se distinguent particulièrement (Égypte, par exemple), l’Europe ne maintient sa population que grâce aux immigrés (la preuve par la Guyane et Mayotte). Le contraste entre la fécondité des uns et le recul des autres ne peut venir que d’un état d’esprit, qui n’a pas forcément à voir avec les conditions matérielles – au contraire, même. Et pendant ce temps-là, en Méditerranée, des bateaux remplis en majorité de jeunes hommes ne cessent d’atteindre les côtes européennes, profitant de la culpabilité soigneusement entretenue, des attendrissements de vieux, de la charité chrétienne coupée de la raison, sans doute aussi du sentimentalisme féminin, combiné à l’affaiblissement de l’esprit combatif chez les hommes priés de laisser la testostérone au vestiaire (sauf, bien sûr, pendant les matchs de foot), bref, d’une démission intérieure.

Les suicides dans certaines catégories sociales comme les paysans, chez les policiers déboussolés, la démission des autorités en général, les « accommodements raisonnables » en matière de tenue, de nourriture, les réactions niaises aux attentats (si « Vous n’[avez] pas ma haine », alors quoi ?). J’ajouterai toutes les folies du/des genre/s, la « LGBTisation » qui s’étend, la traque aux personnages historiques racistes, esclavagistes, misogynes – exclusivement occidentaux, bien sûr. Et chez les « desouche », qui côtoient les « jeunes » dans les cités, la tentation de se convertir à une religion perçue comme forte et sûre de soi, peu disposée à une quelconque repentance et même à l’examen intérieur, alors que le christianisme, catholique et protestant, paraît d’ores et déjà soumis… Tout cela cumulé, honnêtement, donne-t-il envie de lancer des enfants dans le monde ?

La réponse est peut-être dans cette devise de Gramsci : « Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté. »

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