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Editoriaux - Environnement - Société - 30 septembre 2019

Yves Cochet, prophète d’apocalypse… Et s’il n’avait pas tout à fait tort ?

En 1984, et ce, à propos d’immigration, Laurent Fabius estimait que « Jean-Marie Le Pen posait de bonnes questions mais apportait de mauvaises réponses », sans, d’ailleurs, expliquer en quoi ces « réponses » étaient « mauvaises ». À quelques mots près, il ne serait pas nigaud de proférer pareil diagnostic sur quant à d’autres prédictions catastrophistes relatives à l’avenir de l’humanité tout entière.

En effet, Yves Cochet, l’un des fondateurs des Verts, n’est pas précisément connu pour sa culture du bonheur, les titres de ses précédents ouvrages en témoignent – Pétrole apocalypse, Sauver la Terre –, sans oublier le petit dernier, Devant l’effondrement, au moins la constance millénariste est une qualité à mettre à son crédit. Bref, la fin du monde est pour demain.

Il est vrai que ce monde est mortel par nature et qu’aujourd’hui, nous n’avons jamais été aussi proches de sa fin ; ce qui sera plus vrai encore demain, sans même parler d’après-demain… Ce pessimisme foncier en fait, par ailleurs, un proche cousin d’Éric Zemmour, l’indécrottable optimiste qu’on sait, qui lui aussi nous annonce régulièrement la guerre ethnico-religieuse à venir. Et son alter ego du jour de répondre en écho, dans Le Point du 27 septembre dernier : « On ne peut pas imposer une économie de guerre avant la guerre. Donc il y aura la guerre. » Voilà ces frères jumeaux en accord sur leurs respectives prophéties de malheur.

Là où Yves Cochet va plus loin encore, c’est qu’il entend priver l’Europe – ce vieux monde qui est malgré tout un peu son berceau, même s’il a manifestement tendance à oublier ce menu détail – de ses possibles combattants à venir. D’où cette autre guerre déclarée au « troisième enfant » des derniers Européens à en faire plus que deux, afin de « permettre aux Occidentaux de mieux accueillir les migrants ». Position qu’il développe dans l’entretien en question : « C’est vrai, j’ai dit que j’étais pour la grève du troisième ventre européen. Européen, uniquement, et non pas africain, car la question n’est pas le nombre d’habitants, mais ce nombre multiplié par l’empreinte écologique. »

Tout cela serait fort aimable si n’était le fait que l’immigré africain, dont « l’empreinte écologique » est sûrement quasi nulle en sa cambrousse d’origine, ne tardera pas à se trouver démultipliée quand, voulant atteindre les records occidentaux en la matière, lorsque rejoignant ces mégapoles polluées au-delà de l’imaginable et dans lesquelles il n’aura d’autre rôle à tenir que celui d’esclave.

En revanche, Yves Cochet n’a pas fondamentalement tort quand il estime que notre planète commune – et il n’y en a, effectivement, pas d’autre de rechange – aurait comme tendance à vivre au-dessus de ses moyens. Tout comme il a raison de rappeler qu’une croissance infinie dans un monde fini nous conduit droit dans le mur, que la surpopulation mondiale n’est pas que vue de l’esprit. Et qu’une certaine forme de décroissance pourrait bien être un possible remède.

Car il ne s’agit pas là que de vues de l’esprit forgées dans des cervelles aussi gauchistes que démentes : à ce titre, la revue Limites, dirigée par des catholiques de l’espèce traditionnelle, ne dit pas autre chose. Tout comme Serge Latouche, précurseur en la matière et récemment interrogé par nos confrères d’Éléments, rejoint en cela des idées depuis longtemps exposées par un Alain de Benoist bien connu de nos lecteurs. Comme quoi personne n’a attendu ce brave Yves Cochet pour alerter nos compatriotes sur les dangers de l’hubris, cette tentation de la démesure, condamnée en son temps par les Grecs de jadis. Depuis Prométhée, rien de neuf sous le soleil, donc.

Ainsi ces sujets sont-ils tout, hormis anodins. Mais n’est-il pas extravagant de vouloir les confier à de riches gamines mal élevées ou à un vieux cheval de retour tel que lui – cheval étant, à l’en croire, moyen de transport du futur ; pourquoi pas, d’ailleurs ?

En attendant, tandis qu’Yves Cochet se claquemure en son réduit breton, tel un survivaliste à la mode Ku Klux Klan, d’autres persistent à se battre contre les périls qu’il dénonce, mais que lui ne combat point. Bref, il y en a qui persistent à faire de la politique et d’autres moins.

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