Selon Xavier Raufer, l’une des conséquences de la crise du coronavirus sera la baisse de la délinquance, car avec moins de gens dans les rues et les transports, il y aura, mécaniquement, moins de délits.

Explications au micro de Boulevard Voltaire.

Jeudi soir, Emmanuel Macron a fait plusieurs annonces. On se demande si ces mesures de ralentissement de l’économie et de la vie du pays peuvent avoir des conséquences sur la délinquance.

Vous faites bien de me poser la question. Notre ministre de l’Intérieur est un grand tricheur devant l’Éternel. Au vu de la situation, il va naturellement tenter de profiter de la situation pour dire « regardez comme nos résultats sont bons ».
Deux types de criminalité sont capables d’affecter le citoyen lambda. D’abord, les escrocs, les criminels en col blanc, les gens qui essaient de vous vendre des petits pois qui ne veulent pas cuire ! Dans le domaine des fraudes, il va y avoir aggravation. Vous avez dû voir que des petits malins essaient de vendre des masques qui ne masquent rien et des gels qui ne protègent rien du tout. Les habituels fraudeurs cherchent toujours un effet d’aubaine. Ces gens-là vont se précipiter pour vendre n’importe quoi à des naïfs. Cela affecte uniquement, hypothétiquement, la santé des gens, mais rien de plus. La criminalité des rues va baisser de nombreuses façons différentes.
Premièrement, dans les grandes villes, il y a moins de gens dans les rues, ce qui signifie moins de gens à agresser. Hier soir, quand je suis rentré assez tard, les rues de Paris étaient vides.
Deuxièmement, moins de gens dans les transports en commun signifie moins de pickpockets.
Cambrioler un domicile vide, c’est quand même plus sympa et plus pratique que de cambrioler un domicile où les enfants font leurs cours sur un coin de table, une maman qui surveille le rôti et papa qui est sur son ordinateur en télé-travail. Naturellement, cela va ralentir le flot des cambriolages.
Le fait d’avoir moins de gens dans les rues réduit l’activité des dealers. Moins de gens iront rôder dans les quartiers mal famés pour aller chercher de la dope.
La criminalité en col blanc est peut-être en hausse, due aux filous qui profitent de la naïveté des gens.
En revanche, la criminalité des rues ralentira. Il y aura à la fois moins de clients dans les rues et plus de gens à domicile ou bâtiment X ou Y non professionnel qui deviendront, de ce fait, moins faciles à cambrioler.

Quand on est habitué aux films qui montrent des pandémies, on voit des scènes de chaos avec un pouvoir affaibli qui ne peut plus faire régner l’ordre. Dans la situation actuelle, c’est l’inverse qui va se produire…

Le chaos ne se passe pas tant dans les situations de pandémies que dans les grandes pannes.
On voit surtout ce phénomène de panne dans les pays du tiers-monde et aux États-Unis. Les États-Unis ne sont pas du tout un pays moderne en ce qui concerne les infrastructures.
Le gros des infrastructures date de la période où Roosevelt avait fait construire énormément de ponts, d’autoroutes, pour relancer l’économie. Le système électrique est plutôt vétuste. Dans de nombreux endroits aux États-Unis, l’électricité n’est pas en 220 volts mais en 115 volts. Dans ces endroits-là, il arrive que le réseau électrique disjoncte brutalement. Dans ces périodes de grandes pannes, des éléments marginaux de la société pillent les grandes surfaces. On peut parler de chaos.
Dans notre cas, il y a moins de risque. Les gens hésitent de se précipiter les uns sur les autres. Donc, aller piller un magasin en respectant la limite d’un mètre de distance entre chaque pillard est un objectif assez difficile à atteindre. Je ne pense donc pas qu’il y aura de chaos.
L’inquiétude se manifestera chez les gens par un repli sur la sphère familiale et sur le domicile.

Vous parlez de ces territoires perdus de la République. On a du mal à les imaginer respecter des consignes sanitaires et de confinement dans la mesure où certaines zones interdisent au SAMU et aux pompiers de se rendre sur place. Cette épidémie va-t-elle aggraver ces inconvénients ?

Je ne le pense pas. Beaucoup de gens de ces quartiers, et notamment la fraction de la jeunesse, qui est la plus perméable au banditisme et au pillage, ce sont pratiquement tous des gens illettrés. Je n’en tire aucune joie particulière, mais je les fréquente de temps en temps. En tant que criminologue, je vais dans les quartiers et, généralement, ils m’accueillent assez bien. À leur manière de réfléchir, à ce qu’ils me posent comme questions, je vois que la plupart d’entre eux sont illettrés, ou tout comme. Par conséquent, ils passent beaucoup de temps devant la télé. Le bombardement constant du coronavirus doit les impressionner. Ce sont des âmes simples.
À leur façon, ils vont essayer de se tenir à distance des grandes villes qu’ils fréquentent, d’ailleurs, assez peu. Ils sont repliés sur leur quartier, ils ont leur fief et leur territoire.
Entre la banlieue X ou Y et le centre-ville, ils risqueraient de passer sur le territoire d’une autre bande. Par conséquent, bagarres et affrontements. Le seul « territoire » neutre est celui des grands réseaux de transports du RER.
Ils vont se replier sur eux-mêmes. Ils ne comprennent pas trop, c’est bien compliqué pour eux.
Sans être observateur plus qu’un autre, on aura remarqué que la plupart de ces jeunes gens proviennent de l’Afrique. Ce n’est pas le continent le plus atteint à l’heure actuelle. A priori, ils ne sont pas de grands foyers de contamination.

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