Le 9 décembre, chez Jean-Jacques Bourdin, était invitée à parler de la fameuse loi contre le séparatisme islamique devenue, au fil des contorsions et démissions politiquement correctes, loi « confortant les principes républicains ». Déclarant qu’elle « réfléchissait » à déposer un amendement contre le port du voile pour les fillettes musulmanes, au motif qu’« on ne peut pas demander à une fillette d’être pudique dès son plus jeune âge », elle dénonce cette « hypersexualisation » révélée par « cette obligation de pudeur dès 2 -3 ans ».

Comme d’habitude, elle a tout faux. D’abord parce qu’en liant port du voile et pudeur, elle intègre dans son discours ce précepte musulman, elle le fait sien. Et pratique, ainsi, une inversion de valeurs qui peut paraître cocasse chez ce bon petit soldat du macronisme, dont le libertarisme n’est que la queue de la comète de l’idéologie post-soixante-huitarde. Car dans la société française qui trouve ses fondements dans la civilisation gréco-chrétienne occidentale, la pudeur et son corollaire, la décence, sont une marque de respect vis-à-vis de l’autre : la pudeur est au service de la relation avec autrui. Combien, alors, nous semble contraire à la pudeur, car provocateur et même destructeur du lien social, ce port du voile, a fortiori chez les plus jeunes ! Il révèle, chez les parents de ces petites filles, la volonté affichée de se retrancher du destin commun français par l’affirmation visible et ostensible, dans l’espace public, d’une tradition religieuse étrangère à la nôtre.

Mais Aurore Bergé, ex-militante de l’UNI dans ses années estudiantines, ex-UMP, ex-LR et ex-juppéiste, aujourd’hui présidente déléguée du groupe LREM à l’Assemblée nationale, n’en reste pas là. Lors de cet entretien au micro de Jean-Jacques Bourdin, elle poursuit : « On doit protéger nos enfants. Rendez-vous compte, en 2020, je suis invitée à parler sur un plateau de télévision des certificats de virginité ! Les gens doivent être abasourdis d’entendre un truc pareil. » Enfilant les habits de saint Jean Bouche d’or, elle s’aventure : « Ça veut dire qu’un moment, insidieusement dans notre pays, on a accepté qu’un certain nombre de libertés fondamentales puissent être entaillées. » De l’art de l’euphémisme… « Qui a accepté cela ? » lui demande Bourdin ? « Lionel Jospin, avec l’affaire de Creil, dit finalement “c’est pas grave”, un certain nombre d’hommes et de femmes ont préféré ne pas regarder la réalité en face, par peur d’être disqualifiés, par peur d’être traités d’intolérants parfois on a accepté ce qui est intolérable. »

Mais où donc vivait Aurore Bergé, ces dernières années ?

Et là, le grand show final : « Je n’ai pas envie que, demain, notre modèle soit un modèle multiculturel. » Et à propos du modèle américain : « C’est un modèle qui est complètement différent du nôtre, un modèle où on juxtapose des communautés différentes, où on se reconnaît d’abord dans sa propre communauté avant de se reconnaître dans une communauté qui est nationale. Je suis française, et je veux que sur le territoire français, ce soient les valeurs de notre République qui est française qui soient appliquées partout […]. On ne peut plus attendre face à ces idéologies qui sont dangereuses, qui tordent l’esprit de nos jeunes, de nos enfants, qui sont violentes et vindicatives. » C’est beau comme l’antique, ou plutôt comme du Zemmour… même si ce dernier préférera toujours parler de la France plutôt que de la République.

Mais c’est surtout en contradiction flagrante avec la déplorable et très dérangeante interview d’Emmanuel Macron à Brut.

La majorité présidentielle au bord d’une crise schizophrénique majeure.

11 décembre 2020

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