Economie - Editoriaux - International - 22 février 2019

Venezuela : l’obstacle Poutine

Derrière le bras de fer de l’entrée, sur le territoire vénézuélien, de l’aide alimentaire américaine se joue une tout autre partie, beaucoup moins médiatique, à la fois politique, géopolitique et économique.

Sauf à reconnaître l’échec total de sa gouvernance, Nicolás Maduro ne peut pas accepter l’entrée de cette aide alimentaire. De plus, tout laisse à penser que cette aide pourrait aussi s’accompagner de l’entrée de commandos des forces spéciales, soit américaines soit colombiennes. Par ailleurs, contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’entrée officielle et spectaculaire de denrées alimentaires et de médicaments fournis par les États-Unis est un sujet potentiellement explosif, dans un pays certes en proie aux pénuries multiples, mais aussi travaillé depuis des dizaines d’années par la « fierté cháviste ».

C’est pourquoi Nicolás Maduro a annoncé, il y a deux jours, en sus des 900 tonnes de denrées alimentaires achetées à la Chine, à la Russie et fournies par Cuba, l’arrivée, il y a deux jours, de plus de 300 tonnes de médicaments achetés à la Russie. Sur le plan des forces armées vénézuéliennes, malgré quelques défections très isolées, le ministre de la Défense Vladimir Padrino López, entouré du haut commandement militaire, a réaffirmé sans détour sa totale loyauté à Maduro et annoncé que l’armée serait “déployée et en alerte le long des frontières” pour empêcher toute violation du territoire vénézuélien !

Mais là n’est pas l’essentiel car le scénario, pour l’instant parfaitement élaboré sous l’égide du secrétaire d’État Mike Pompeo, se heurte à un obstacle majeur : Vladimir Poutine. Pas seulement comme on peut l’imaginer parce qu’il faut craindre une évolution de cette crise en nouvelle guerre froide, ce qui est cependant possible si une intervention militaire américaine était finalement déclenchée, mais parce qu’au-delà de l’aspect géopolitique, les enjeux russes au Venezuela sont considérables, sur le plan militaire et économique.

Depuis 2006, le Venezuela a acheté pour onze milliards de dollars d’armes russes, des exercices communs sont régulièrement programmés à Caracas et, dernièrement encore, deux bombardiers russes supersoniques Tupolev Tu-160 ont participé à des exercices militaires dans l’espace aérien vénézuélien.

Sur le plan économique, outre le rééchelonnement de la dette vénézuélienne à plusieurs reprises (plusieurs dizaines de milliards de dollars), la compagnie pétrolière russe Rosneft est très impliquée dans l’industrie pétrolière vénézuélienne. Dans ces conditions, sans contrepartie, la chute de Maduro s’avérerait catastrophique pour Moscou, d’autant que Juan Guaidó apparaît clairement comme l’homme de Washington. Pour autant, les Russes veulent-ils à tout prix sauver Maduro ? Rien n’est moins sûr, car si Vladimir Poutine a exprimé « son soutien aux autorités légitimes du Venezuela dans les conditions de l’aggravation d’une crise politique provoquée de l’extérieur », les déclarations, il y a quelques jours, de l’ambassadeur de Russie à Caracas, Vladimir Zaemski, sont beaucoup plus sibyllines et significatives des enjeux : « La Russie ne s’opposera pas aux résultats d’une élection présidentielle anticipée au Venezuela à la condition que ce soit Nicolás Maduro qui en annonce la tenue […] » « Dans ce cas, bien entendu, beaucoup dépendra du respect des principes de l’opposition entre les candidats, du caractère démocratique et ouvert du processus électoral […] »

Reste, alors, à donner des garanties solides à Moscou ou trouver un candidat à la succession de Maduro qui soit compatible à toutes les parties…

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