Editoriaux - International - 23 mars 2019

Venezuela : les terribles accusations de Michelle Bachelet contre le régime de Nicolás Maduro

Mercredi 20 mars, au siège des Nations unies à Genève, Michelle Bachelet, ancienne présidente socialiste du Chili et actuellement haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, a fait le point sur la situation politique, économique et sociale au Venezuela. Tout en critiquant les sanctions, en particulier américaines, contre le Venezuela, estimant qu’elles pouvaient « aggraver » la crise actuelle, elle a reconnu cependant que celle-ci était bien antérieure.

Son constat principal concernait les actions des forces de sécurité vénézuéliennes et des « collectivos », ces groupes paramilitaires supplétifs. Elle dénonçait avec vigueur les pratiques violentes de la Force d’actions spéciales de la police nationale (FAES/Fuerzas de Acciónes Especiales de la Policía Nacional) qui non seulement faisait régner la terreur mais, de plus, avait recours à des actes de torture. Elle faisait, ainsi, état de l’exécution de 37 personnes en janvier lors de perquisitions illégales dans des maisons et appartements de différents quartiers populaires de Caracas de personnes suspectes de soutenir l’opposition. Michelle Bachelet ajoutait que, l’an dernier, 205 personnes auraient trouvé la mort dans de telles opérations de police.

Cette violence des forces de police a également été dénoncée cette semaine par l’Organisation des États américains (OEA), qui a diffusé les images clandestines de la vidéo d’un centre de torture de la police. Un ancien membre de la DGCIM, la direction du contre-espionnage militaire, le lieutenant Ronald Dugarte, y expliquait que des dizaines de prisonniers étaient fréquemment torturés à l’électricité, asphyxiés avec des sacs en plastique, voire drogués. Selon diverses sources, il y aurait actuellement plus de 200 militaires détenus dans les prisons vénézuéliennes.

C’est dans ce contexte que les services de renseignement bolivariens (SEBIN) procédaient à l’arrestation, à son domicile, dans la nuit de jeudi à vendredi, du député de l’opposition Roberto Marrero, 49 ans, chef de cabinet de Juan Guaidó et membre du parti Voluntad Popular. Il était aussitôt emprisonné dans El Helicoide, un imposant bâtiment de Caracas qui est la prison de la SEBIN, une des plus redoutées du pays… Accusé de détention d’armes et de terrorisme, Marrero a déclaré, lors de cette arrestation spectaculaire, que les membres de la SEBIN “avaient déposé chez lui deux fusils et une grenade” ! Alors qu’il était prévu de le présenter en comparution immédiate dès vendredi soir, on apprenait par son avocat qu’il n’en était en fait rien car le tribunal se déclarait incompétent et que cette comparution aurait certainement lieu lundi.

Entre confusion, provocation et escalade, cette arrestation, qui sonne comme un avertissement et une intimidation à l’encontre de Juan Guaidó, n’est en effet pas sans risque de la part de Nicolás Maduro qui, pour autant, a su faire montre, depuis le début de cette crise, d’un réel talent de manœuvrier.

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