Venezuela : les dessous du coup d’État avorté de Juan Guaidó

La tentative de coup d’État dénommé « Operación Libertad » de Juan Guaidó a échoué malgré la sécession, et ce, pour la première fois, d’un certain nombre de haut gradés. Mais que s’est-il réellement passé ?

Un certain nombre d’informations relatent un coup d’État minutieusement préparé depuis plusieurs semaines, sous l’égide de Washington, avec des rencontres entre l’opposition et des responsables militaires et politiques de l’entourage de Maduro.

Ce coup d’État « en douceur » avec exfiltration de Maduro, la formation d’un gouvernement mixte (civils et militaires) afin d’organiser des élections où toutes les composantes politiques auront liberté de se présenter, aurait dû se dérouler non pas le 30 avril mais le jeudi 2 mai.

Dans l’entourage de Nicolás Maduro, trois noms d’importance sont évoqués d’une manière récurrente : le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino López, le président de la Cour suprême de justice (TSJ), Maikel José Moreno, et le commandant de la garde d’honneur présidentielle, Iván Hernández.

L’avancée de ce coup d’État à la date du 30 avril par Juan Guaidó aurait été provoquée par sa découverte par les agents de renseignement cubains qui auraient immédiatement averti Moscou. Une hypothèse qui expliquerait la totale confusion qui a suivi cette opération avec, entre autres, la « libération » de l’opposant historique Leopoldo López, assigné jusque-là à résidence sous le contrôle d’agents de la SEBIN, les services de renseignement vénézuéliens.

Ces supputations donnent également sens aux déclarations du secrétaire d’État Mike Pompeo évoquant l’échec de « l’exfiltration » de Maduro vers La Havane à cause du refus des Russes.

Une autre version, une forme d’assurance-vie pour le général Padrino López au rôle pour le moins opaque, circule : il aurait joué celui d’un agent double de manière à connaître les conspirateurs et les modalités de ce coup de force avec des informations transmises ensuite aux Cubains. Ce qui pourrait expliquer les deux étranges tweets rédigés de manière quasi identiques par Padrino López et par le président cubain Miguel Díaz-Canel. Ce dernier écrit, le 30 avril, à 7 h 31, « Nous rejetons ce mouvement de coup d’État qui vise à remplir le pays de violence… » alors qu’à 6 h 51, Padrino López avait publié : « Nous rejetons ce mouvement de coup d’État qui vise à remplir le pays de violence… »

Le journal colombien El Tiempo corrobore, dans son édition du 2 mai, la thèse de l’existence d’un accord en 15 points pour destituer Nicolás Maduro et qui aurait échoué « au dernier moment probablement par l’intervention de la Russie, de la Chine et de Cuba ».

Que peut-il dorénavant se passer ?

Sur le plan diplomatique, plusieurs avertissements ont été lancés aux responsables russes et cubains (menace d’embargo total de Donald Trump vis-à-vis de Cuba, demande impérative de Pompeo au ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, de cesser toute intervention au Venezuela).

Il faut surtout craindre dorénavant (et l’annulation, ce jour, du déplacement en Europe du chef du Pentagone Patrick Shanahan « en raison des développements au Venezuela » le laisse présager) que la piste d’une intervention militaire, malgré les nombreuses difficultés, soit réactivée…

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