Adeline est aide à domicile, employée par une association, dans le Haut-Vaucluse. Elle se rend chaque jour au domicile de 5 à 8 personnes âgées isolées pour les aider dans leur vie quotidienne. Avec l'épidémie du Covid-19 et les mesures de confinement, elle éprouve un sentiment d'abandon professionnel et s'inquiète de l'isolement grandissant de ses patients.

Pouvez-vous nous décrire votre quotidien d'aide à domicile ?

Je suis aide à domicile en milieu rural dans une association, depuis bientôt dix ans. J'interviens au domicile de personnes âgées, parfois atteintes de grosses pathologies et/ou handicapées. Cela peut être des couples ou des personnes seules voire totalement isolées (pas de famille).
En premier lieu, nous avons un rôle de soutien autant pour le bénéficiaire que pour les « aidants » (conjoint, enfants ou voisin...) pour leur permettre de « souffler » un peu. Nous sommes aussi, en quelque sorte, une « oreille attentive » ou une confidente quand le besoin de se confier se fait sentir. Nous sommes le lien avec l'extérieur, la présence rassurante et stimulante.
Bien entendu, nous sommes là aussi pour tout ce qui concerne les tâches de la vie quotidienne comme l'aide à la toilette, la prise des repas, l'entretien du logement, du linge, et les courses.

Depuis le confinement, comment votre travail a-t-il évolué ? Avez-vous reçu une formation particulière en raison de la pandémie de Covid-19 ?

Depuis que cette crise sanitaire a débuté, le quotidien de chacun est totalement chamboulé ! On ne tourne qu'en effectif réduit : certaines de mes collègues ont dû se mettre en arrêt pour pouvoir garder leurs enfants, tandis que d'autres sont en arrêt par peur de contaminer nos anciens.
En effet, il ne faut pas oublier que nous nous rendons chez des personnes vulnérables et que cela peut avoir de lourdes conséquences. Cela est stressant car nous n'avons eu aucune formation d'urgence pour la prise en charge éventuelle de personnes malades, mais nous avons reçu, une semaine et demie après (le temps que les informations gouvernementales et celles de la Fédération arrivent), un protocole relativement strict par mail.
Ce que je trouve aberrant, c'est que nous, personnel soignant, n'ayons pas eu accès aux tests de dépistage ! Simplement, nous avons reçu des masques périmés depuis 2011 et qui sont donnés au compte-gouttes ! Un masque nous sert pour deux voire trois interventions car, sinon, on n'en aurait pas assez (on utilise entre deux et quatre masques par jour ). Quant au reste, nous n'en avons toujours pas vu la couleur : lunettes, blouses, sur-chaussures.
Mes patronnes (et je leur tire mon chapeau !) doivent gérer les arrêts, les appels des bénéficiaires et ceux des salariés car une permanence reste quand même au bureau, mais avec cette crise, les appels sont plus nombreux.
On n'est pas assez reconnues, dans la profession. Nous travaillons comme des bêtes pour un salaire de misère et en prenant des risques pour notre santé, pour notre famille et pour nos bénéficiaires.

On parle beaucoup de l'isolement contraint des résidents en EHPAD. Qu'en est-il pour vos patients ?

Nos bénéficiaires sont, pour la plupart, seuls à leur domicile et nous sommes parfois leur seul lien avec l'extérieur.
C'est très difficile pour certains, s'ils ont encore de la famille, de ne pas pouvoir les serrer dans leurs bras ou les embrasser. Le pire, ce sont les personnes totalement isolées. Cela est malheureux à dire, mais elles se laissent mourir, ne supportant plus l'isolement, et la crise n'arrange rien. Ils n'ont plus goût à rien et perdent leurs repères. En effet, c'est parfois la famille elle-même qui suspend nos interventions par peur de la contamination, ce que je peux comprendre. Du coup, elles se retrouvent seules et coupées de tout contact et cela peut provoquer de gros dégâts psychologiques.

10 avril 2020

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