Le journal Libération, pilier de la célèbre triade libéré par Télérama, est un journal engagé, militant, soucieux de formater plus que d’informer et où foisonnent les belles âmes de gauche, les générosités de salons parisiens les plus accomplies et les consciences les plus nobles. Consciences qu’on pourrait même qualifier de chrétiennes, si elles n’avaient oublié ce qu’écrit l’évangéliste saint-Matthieu (VI 2) « Quand tu fais des dons de miséricorde, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites… » Et avec Libé, ce n’est plus de la trompette, c’est du clairon !

Tartuffes nouveaux, kouchnériens de toutes les misères du monde, combattants d’opérette sur un livret de BHL, grands créateurs de postures et de photos épiques, clowns du Bobo Circus, ces carriéristes de l’engagement, confinés à Paris, tirent parti de toutes les guerres, de tous les malheurs du monde pour se faire voir et se faire mousser… Il est vrai que le fondateur du journal, Jean-Paul Sartre, leur avait ouvert la voie par son engagement philosophique à Saint-Germain-des-Prés, lui qui se tut et se terra comme un rat pendant tout l’Occupation, qui alla même jusqu’à faire jouer ses pièces sous le contrôle de la censure allemande, pendant que des Jean Moulin et autres se battaient contre les nazis et y laissaient leur peau. Sartre qui se voulut ensuite, comme ses disciples de Libé, le champion des résistances et des engagements libérateurs et libératoires en tous genres.

Donc, le journal Libération, qui ne s’intéresse en France qu’aux artistes et aux écrivains de la gauche bobo, s’est trouvé un nouveau combat sartrien à mener : après le dissident, le censuré à l’étranger, l’artiste en exil. Un grand classique du Bobo-Productions. Libé consacre, ces jours-ci, un grand article à l’artiste afghan fuyant les talibans et leur obscurantisme ; puis détaille les différents moyens de l’aider à venir en France, grâce à une liste des artistes à recevoir le plus vite possible. Et, pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de ce qu’est une guerre, civile ou autre, le journal engagé a recueilli les témoignages de cinq artistes qui racontent la cohue épouvantable que c’était à l’aéroport ou l’attente interminable aux check-points.

J’aurais pu leur raconter moi-même comment, un jour, je me suis retrouvé dans un autobus, la nuit, entre l’ et l’Afghanistan, cerné par les mitraillettes de contrebandiers, mais ça ne les intéresse pas. N’étant pas un artiste en exil, Libé n’est jamais venu m’interviewer à ce sujet. Ni sur ma pièce Le Tartuffe nouveau.

Et il est curieux de constater, aussi, combien la distance change tout dans sa perception d’un événement. Car ce qui est obscurantisme en Afghanistan, à 7.000 km de la France, devient lumière et progressisme, une fois importé. Toujours prompt à défendre burkinis, voiles et burkas, au nom de la liberté de choix des femmes en France, le journaliste Libé décrit ces mêmes étoffes comme insupportables dès lors que les femmes les portent librement à la demande des talibans. Y aura-t-il, bientôt, une horrible lapidation de la femme adultère chez les talibans et une juste lapidation en Seine-Saint-Denis ? Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà, tout est différent suivant qu’on se trouve à ou dans la lointaine Kaboul, ou suivant qu’on est un artiste en exil ou un simple professeur de collège en banlieue !

Ah ! Libération : plus caricatural, tu te transformes en princesse charmante qui va réveiller le beau au bois dormant en lui roulant une pelle intersectionnelle !

Et je veux faire à tous ces gauchistes mondains bouillonnant d’engagement une suggestion utile. Le meilleur engagement qui soit pour combattre l’obscurantisme. On prend une kalachnikov et on va se battre sur place à côté des rares qui résistent, ou bien on prend des Afghans chez soi et on ferme sa gueule, on n’en parle à personne… Ça, c’est du courage, de l’engagement et de la bonté d’âme. Tout le reste n’est que pitrerie !

3 septembre 2021

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