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Culture - Editoriaux - 16 mai 2020

Un dimanche au Champ-de-Bataille

Cette semaine, nous partons en Normandie chez un décorateur de renommée internationale.

Il est à une bonne centaine de kilomètres de Paris, du côté de la Normandie. C’est un château et ses jardins comme un bijou dans son écrin. On ne vient pas ici en visiteur mais en hôte, comme accueilli en ami de la maison. Tout est vivant, soigné, chaleureux dans ce château aux dimensions d’un domaine mais à l’intimité d’une demeure. Assurément, le maître des lieux doit avoir bon goût.

Tout, dans le mobilier d’exception, la richesse des collections, la précision des décors, les dessins des jardins (qui rouvrent aujourd’hui, le château est encore fermé, NDLR) et jusqu’à cette alchimie du classique et de la fantaisie, est proprement français. L’hôte ne peut être qu’un ambassadeur assumé de l’élégance à la française, prolongeant pour longtemps la magnificence du Grand Siècle où la France donnait le ton. Et pour cause ! Nous sommes au château du Champ-de-Bataille et le propriétaire n’est autre que Jacques Garcia, le décorateur que le monde s’arrache pour donner à sa villa, à son hôtel, à son domaine cette juste atmosphère que seul un Français amoureux de sa civilisation est capable d’offrir.

En posant son dévolu sur le Champ-de-Bataille, Jacques Garcia a fait le choix de se donner à une demeure pour lui rendre sa superbe, en faire le réceptacle des trouvailles et en inventer, fidèle à l’esprit des lieux, de nouveaux univers. Pari tenu pour notre plus grand plaisir ! « Il y a deux choses dans un monument : son usage appartient à son propriétaire, sa beauté à tout le monde. » S’il est un lieu où la formule de Victor Hugo s’applique avec justesse, c’est bien ici, et ce, grâce à la générosité passionnée de vingt années de travaux, de terrassements, d’aménagements et de créations.

Le château offre un parcours époustouflant. L’on ne sait où fixer son regard, tant la profusion de salles en enfilades, du vestibule à la cuisine, du grand salon à la chapelle, offre une contemplation de chaque instant. Leçon pour tous ces « sites culturels » aspirés par le vide qu’ils entretiennent, démeublant les châteaux au prétexte que le « comité scientifique » réfléchit encore au style ou à l’époque à retenir, quand ils ne préfèrent pas nous infliger les « installations contemporaines » de l’artiste étranger subventionné par le ministère… Car ici, rien de conceptuel et rien de reconstitué à la sauce Disneyland non plus : tout est authentique et parfaitement à sa place. Ce sont des collections à faire pâlir le public et rougir les mobiliers nationaux qui s’exposent à nos yeux, les trésors qu’offre à ses hôtes un mécène passionné, connaisseur et fidèle à la France dans ce qu’elle a de plus grand, de plus touchant et de plus beau.

Passé cette expérience, c’est une autre qui se présente : pousser les portes des jardins, c’est partir en voyage et faire le tour du monde. De part et d’autre du canal, qui fait penser à Versailles, en se perdant dans les bosquets, savamment recréés ou génialement inventés, s’offrent à la fois une allée de sphinx en topiaires comme un Louxor végétal, un palais indien aux couleurs envoûtantes de terre et de soufre, un théâtre de verdure où l’on voudrait jouer Shakespeare, un palais antique et d’authentiques colonnades, des jeux d’eau, un labyrinthe ou encore une serre, discrète et monumentale, que l’on atteint après un parcours enchanteur dans un salon naturel où poussent les palmiers.

Ce feu d’artifice et d’exubérance, qui vient après la célébration de nos racines et de nos fiertés, le tout parfaitement dosé, modèle de ce parfait équilibre entre mesure et démesure, n’est-il pas ce qui faisait autrefois cet art français, envié, imité mais jamais égalé ? Un esprit à retrouver… en commençant par un dimanche au Champ-de-Bataille ?

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