Tremblement de terre : à Alep, en Syrie, une population désemparée

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Cette journée, Jean-Rémi Méneau, chef de mission en Syrie à Alep pour SOS Chrétiens d’Orient, ne l'oubliera pas. Joint au téléphone par BV, ce 6 février 2023, le jeune humanitaire a été réveillé en pleine nuit par les secousses d’une violence exceptionnelle qui ont jeté la Turquie et la Syrie dans le drame (voir les images sur place). À l’heure où nous mettons sous presse, on compterait plus de 2.600 morts en Syrie et en Turquie.

Jean-Rémi Méneau, sa femme et sa fille de neuf mois ont aussitôt compris ce qui se passait et couru se protéger sous la table de la salle à manger, redoutant que le plafond ne s’effondre. C’est là qu’ils ont vécu les premières secousses, bientôt suivies d’une réplique « moins forte et moins longue », explique-t-il, ce 6 février, dans une conversation téléphonique à BV. Trois étages au-dessus, deux volontaires de l’association ont ressenti plus violemment encore la secousse. Le bruit des voisins qui sortent rapidement de l’immeuble les fait sortir eux aussi de leur logement : « Nous avons suivi le mouvement, pris un manteau et des papiers au cas où on ne puisse pas rentrer », raconte-t-il. Dans la rue, les sinistrés attendent, effrayés à l’idée de rentrer à l’intérieur des appartements menaçant d’effondrement : les habitants y font des sauts les plus brefs possibles pour reprendre le strict nécessaire. « La population est choquée, les habitants ne savent pas comment réagir et n’osent pas rentrer chez eux », explique le chef de mission. Dans la rue, « des centaines de personnes » attendent sous la pluie et le froid, sans toilettes et sans affaires. « On voit des immeubles détruits ou délabrés, des gravats jonchent le trottoir », décrit Jean-Rémi Méneau. Le père Imad Daher, prêtre melkite de la paroisse de la Vierge Marie à Alep, a été retrouvé mort sous les décombres. « De nombreux immeubles sont très fragilisés, précise Jean-Rémi Méneau. Des voitures sont percées par la chute de débris ». Lui a pris la route vers Damas aux alentours de 8 h 30, ses volontaires ayant rejoint sains et saufs le point de ralliement fixé : il est allé mettre en sûreté sa femme, son enfant et ses volontaires avant de rentrer à Alep.

Avec la survenue d’un deuxième séisme dans la matinée, ce bilan provisoire qui s'accompagne de milliers de blessés ne cesse de s’alourdir. C’est une surprise. Les tremblements de terre ne sont pas fréquents à Alep, malgré la proximité d’une faille sismique. La dernière secousse grave remonte au Moyen Âge, rappelle Méneau. Des signes avant-coureurs ? La terre avait un peu tremblé, en décembre dernier, les habitants ont ressenti quelques secousses. « C’est un danger qu’on envisage mais un danger lointain », explique Jean-Rémi Meneau, qui constate l’accablement des Syriens.

« Le tremblement de terre ouvre une nouvelle crise alors que la Syrie est au fond du trou à cause du blocus, de la crise économique liée à celle du Liban. Les Syriens pensaient qu’ils ne verraient pas pire situation » : ils tombent plus durement encore.

Désormais, la priorité de SOS Chrétiens d’Orient consiste à fournir une aide d’urgence. L'association cherche des locaux et des matelas pour accueillir ces habitants jetés dehors. Les fenêtres et les portes n’ont pas résisté au choc, le froid est intense, le fioul nécessaire au chauffage est introuvable, assure le volontaire. Les Syriens redoutent que le froid ne s’intensifie, ils appréhendent les risques d’incendie lorsque l’électricité reviendra.

Les Syriens redoutent aussi, déjà, qu’on les oublie au profit des Turcs. L’épicentre du sinistre se situe en Turquie, « donc on en parle beaucoup », admet Méneau. « La Syrie est encore un paria pour la communauté internationale alors que les pertes et les dégâts y sont très importants : nous redoutons que l’aide internationale aille essentiellement en Turquie. Or, la France ne peut pas être absente d’Alep après l’histoire partagée avec la Syrie. »

SOS Chrétiens d’Orient lance ainsi « un appel à l’assouplissement des sanctions internationales qui pèsent sur le pays, en raison de cette situation d’urgence humanitaire ». Le responsable évoque la reconstruction des habitations, mais ce sera long. En attendant, l’association a ouvert une page de dons spécialement dédiée à l'action d'urgence pour les Syriens victimes du séisme.

Crédit photo : Antoine Makdis pour SOS Chrétiens d'Orient

Marc Baudriller
Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

10 commentaires

  1. Tremblement de terre au Chili en 2010, magnitude 8.8, 500 morts. Tremblement de terre en Turquie 2023, magnitude 7.5 ( donc 20 fois moins d’énergie), 7800 morts (et probablement plus). Même en tenant compte de la différence de population, ce genre de catastrophe démontre que construire selon des normes sismiques coûte un peu plus cher lors de la construction et beaucoup moins lors d’un événement de ce type. Probable qu’ils reconstruiront à l’économie sans avoir tiré la leçon de l’événement.

  2. Soutenons SOS Chrétiens d’Orient pour leur implication totale et humaine en cette région du monde. Ce drame n’a pas de frontière et chaque victime a droit à la même compassion. C’est une injustice que de faire des distinctions dans des moments pareils. Puisse la France redevenir la nation juste, honnête et protectrice des chrétiens d’Orient qu’elle a jusqu’à peu, toujours été. Nous nous en retrouverions grandi.

  3. J’ose espérer que le qatar et autres pays d’orient fassent le nécéssaire pour leur venir en aide . Et enore une fois la valeur d’un homme n’est pas la même selon ou il se situe : Syrie , Dombass …..

  4. Triste évènement. Dame Nature n’a pas de parti pris lorsqu’elle frappe si durement, à la différence de l’Homme qu il lui prend un malin plaisir à s’auto-détruire.
    Courage aux Nations touchées, en espérant que pour un temps les sanctions seront aménagées.

  5. Le Monde est devenu inhumain vis à vis de certains pays classés arbitrairement comme dangereux pour l’ordre mondial téléguidé par les USA. Surtout ceux qui sont aidés par la Russie.

  6. Tristesse infinie. La Syrie, un pays martyrisé par l’Occident au prétexte qu’il ne plie pas la tête devant ce pays génocidaire et prédateur et devient dès lors une “menace pour sécurité et la paix internationales” selon la formule yankee bien connue. En outre la Syrie ne reconnaît pas l’Etat d’Israel, donc il fait partie de l’axe dit du mal. Par ailleurs il est l’allié de l’Iran, ce pays qui a chassé la lèpre yankee de son territoire, qui a résisté pendant huit ans aux assauts de l’Irak, alors surarmé toujours par les yankees, ce qu’ils oublieront facilement plus tard, lorsque l’Irak s’émancipera. La Syrie, un pays ruiné par une guerre déclenchée et imposée toujours par les yankees alors qu’en 2010 sa dette était de 7% (donc pas de collier du FMI) vivant en complète autarcie. Certes, un régime autoritaire, avec une opposition ( pas du style Nupes, c’est sûr) où toutes les religions vivaient en paix dans un respect mutuel . En étaient interdits les frères musulmans, d’où le financement du conflit par le Qatar, nid des frères musulmans et la Turquie dont les FM sont au pouvoir, Erdogan en est un. Grâce á la Russie, aux iraniens et Hezbollah l’armée syrienne qui a perdu plus de 100.000 hommes a finalement gagné sur le terrain contre la horde des mercenaires et leurs commanditaires yankees. Ceux-ci, conformément à leur ADN pillent les champs de pétrole et de gaz syriens, avec le concours des Kurdes, ce qui fait que les Syriens qui étaient autonomes dans le domaine de l’énergie n’ont plus, à l’heure actuelle de quoi se chauffer ou se déplacer. Nous sommes des monstres en étant complices par notre silence de la mort lente à laquelle sont soumis les Syriens. Oui, nous sommes des étrons. Pour avoir été incapables de vaincre sur le terrain pour soi disant y apporter la démocratie nous détruisons un peuple par une multiplicité de sanctions. A toutes ces douleurs vient de s’ajouter ce terrible tremblement de terre qui aura fait, on le saura plus tard, des milliers de morts et de pauvres sans abris au moment de froid intense qu’affronte régulièrement en cette période cette région de Syrie.

  7. C’est ce que j’ai remarqué hélas de la part des medias qui ne parlent que de l’aide internationale envers la Turquie ! Quid de la Syrie ! Triste constat ! Courage aux syriens !

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