Après les tempêtes Ciaran et Domingos, c’est désormais Frederico qui frappe la France, ce jeudi 16 novembre. Quand le danger sera passé, l’heure du bilan viendra. Combien de nos concitoyens, de nos maisons et de nos arbres auront été les victimes de ces catastrophes naturelles ? Ces événements naturels, à chaque fois, ne font que rappeler les douloureux souvenirs des dernières grandes tempêtes, dont la plus célèbre reste celle de décembre 1999.

Ainsi, au crépuscule du précédent millénaire, la « France blessée », comme le titra Paris Match, dut se relever après ce qui fut l’une des pires catastrophes qu’elle ait connues. Avec des vents qui avaient atteint les 200 km/h du 26 au 28 décembre 1999, le bilan était lourd. Notre pays endeuillé recensait alors 92 victimes et plus de 2.000 blessés, sans compter les dommages matériels. La Fédération française des sociétés d’assurance estimait que le coût total des dégâts s’élevait à plusieurs milliards d’euros, sans compter la part financière prise en charge par les particuliers.

Notre patrimoine historique fut aussi la victime de ce désastre. De nombreux monuments furent endommagés, ainsi que de nombreux parcs et jardins. En effet, 7 % des forêts françaises furent abattues. L’un des plus malheureux et plus importants exemples de ce drame a été le parc du château de Versailles. Alain Baraton, jardinier en chef du Domaine national de Trianon et du Grand Parc du château de Versailles, raconte que « la tempête a balayé 18.500 arbres et il fallait dans les semaines qui suivent en abattre 30.000 supplémentaire sur un total de 350.000 que comptait le domaine de Versailles […] c’était trois siècles d’horticultures détruits à tout jamais. » Certaines de ces victimes végétales étaient extrêmement précieuses en raison de leur importance historique. Nous pouvons citer les tulipiers de Virginie plantés par la reine Marie-Antoinette en 1783 ou encore le pin de Corse de l’empereur Napoléon Ier.

Le château devait aussi affronter la dure réalité d’un parc entièrement à refaire, à repenser avec ses allées champêtres, ses parterres de fleurs et ses bosquets d’arbres complètement dévastés. Heureusement pour l’ancienne demeure de Louis XIV, de nombreux donateurs participèrent financièrement à la restauration de ce trésor national. Cette dernière continue encore avec la replantation, en 2020, de jeunes chênes sur l’allée de Saint-Cyr. Alain Baraton rapporte que « le parc est devenu le symbole de la tempête », ajoutant : « On a vécu un moment de solidarité exceptionnel, on a vu des enfants, des gens voulant donner un petit peu de leur moyen afin d’aider. L’État, les administrations, les entreprises ont tous répondu présents. » Cet élan formidable de générosité des Français est bien à l’image de celui qui eut lieu pour la cathédrale de Notre-Dame de Paris. Selon Catherine Pégard, directrice de l’֤Établissement public de Versailles en 2020, « avec la tempête 1999, on a pris conscience de ce qu’étaient ces jardins : des musées en plein air, des salons de verdure qui étaient l’équivalent des salons de Versailles ».

Cette prise de conscience s’étendit à toutes les propriétés de France, grandes ou petites, privées ou publiques, qui furent aussi durement touchées par la tempête et qui purent aussi se relever avec le temps. Alain Baraton disait encore que « derrière un arbre, il n’y a pas seulement un monument végétal, pas seulement de la verdure, il peut y avoir des sourires, des larmes ». Nous pouvons ajouter qu’il y a aussi une Histoire commune qui peut unir et relever un peuple malgré les horreurs qui peuvent le frapper.

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16 novembre 2023 à 16:45

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16 commentaires

  1. Juste un rappel : celle de 1987 avait été plus violente, mais elle avait touché essentiellement la Bretagne ( vous savez, ce joli petit
    pays juste à côté de la France), donc moins médiatique..

  2. Les dernières tempêtes ont été bien moins fortes et dévastatrices que celle de décembre 1999. Mais le catastrophisme actuel qui règne dans tous les domaines interdit de le dire. En effet, par tous les moyens, et dans tous les domaines, il faut semer la peur dans l’esprit des gens. Et ça nos Gouvernants, relayés par les Journalistes, savent très bien le faire. Car un peuple qui a peur, est un peuple qui se tient tranquille.

  3. Jadis, dans et avant les années 50( j’y étais) il y avait des haies, des arbres, des caniveaux, des fossés de quoi arrêter le vent et permettre aux oiseaux de nicher, de laisser l’eau s’écouler car ils étaient entretenues, curés… Le grand remembrement est passé par là, voilà les résultats. Il ne reste qu’à pleurer et….payer ! ! !

  4. Ce drame de 1999 a-t-il pu donner à l’inénarrable Monsieur Apathie l’idée de raser le château de Versailles ?

  5. Quand les tempêtes sont passées, qu’il faut faire l’état des lieux, mettre des chiffres sur les maux…
    C’est alors qu’arrive et s’ajoute au drames des gens, « l’ouragan Macron » qui, pour le plus grand bonheur des caméras de BFMtv, met les pieds dans ses bottes de mille lieues, et promet de distribuer un pognon de dingue.
    Il y a toujours eu des tempêtes plus ou moins fortes, et il y en aura toujours, ca s’appelle un phénomène climatique.
    Le problème est que ceux qui nous gouvernent, ne savent pas prévoir !
    Nombre d’importans travaux de protection des côtes, mais pas seulement, auraient dû être réalisés depuis des décennies…
    Mais non, on préfère claquer un pognon de dingue en rustines, en cataplasmes sur des jambes de bois, et surtout on préfère installer des parcs éoliens en mer défigurant un peu plus les littorales.

    1. Habitant en bord de plage, en Bretagne, nous avons dû faire construire un enrochement afin de prévenir et minimiser les éventuels dégâts provoqués par les probables tempête. C’est la première tempête, Ciaran, assortie d’une grande maree, (coeff. 104) qui a eu des conséquences plus ou moins sérieuses sur l’ensemble des enrochements, édifiés sur le domaine public au frais des propriétaires riverains. Notre enrochement a plutôt bien résisté, contrairement à ceux de nos voisins. Nous sommes donc appelés à faire des travaux de réfection plus ou moins importants.

  6. Ciaran, Domingos, Frederico !! D’où viennent ces noms de « catastrophes naturelles ? On se croirait en Amérique latine !! Les prochaines seront, peut-être : Castro, Maximo, Chavez, le Che …….

  7. Peut être que la Nature, notre mère Gaïa en a t-elle assez des bêtises que font les humains à coups de bombes et autres armes HARP (projet américain et canadien, qui l’eu cru…) et nous donne t-elle un coup de semonce?

  8. 1 « Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie / Et, sans dire un seul mot te mettre à rebâtir , …./Tu seras un homme mon fils » . ( R.Kipling) Mon grand-père m’a transmis ce poème pour l’anniversaire de mes 16 ans .Voila le quotidien des horticulteurs,des sylviculteurs,des paysans et de tous ceux qui sont jour après jour au contact de la nature réelle :
    c’est pourquoi il est bon de prier pour « l’alternance heureuse des saisons ».
    2.le « port en drapeau » des arbres de la photo illustre un climat régulièrement venté qui modifie le port naturel des arbres . On aurait pu choisir pour illustrer la tempête de 1999 les pins des landes tous coupés à 6 mètres de hauteur
    ou un cliché du parc de Versailles.

  9. « Nous pouvons ajouter qu’il y a aussi une Histoire commune qui peut unir et relever un peuple malgré les horreurs qui peuvent le frapper. » Superde conclusion qui redonne courage et espoir par les temps qui courent . Il est vrai aussi que dame nature peut nous offrir des choses magnifiques mais parfois elle se rebelle comme une belle dame capricieuse .

  10. Dame Nature sait nous rappeler notre insignifiance. Mais, face à l’adversité, l’homme dans nos sociétés a toujours su faire preuve de courage pour réveiller le meilleur qui est en lui.

    1. Belle optimisme alors il est tant que les Français ouvrent enfin les yeux et ce réveillent quand aux courageux c’est leur rareté qui fait leur grandeur

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