Suppression des vitraux de Viollet-le-Duc à Notre-Dame : une nouvelle étape franchie

Il s'est trouvé deux architectes des Monuments historiques pour faire le sale boulot. Incompétence ou carriérisme ?
Les vitraux de Viollet-le-Duc dans la chapelle Saint-Denys, à Notre-Dame de Paris. © Samuel Martin
Les vitraux de Viollet-le-Duc dans la chapelle Saint-Denys, à Notre-Dame de Paris. © Samuel Martin

L’association Sites & Monuments a tiré la sonnette d’alarme : l’autorisation de travaux pour la dépose des vitraux de Viollet-le-Duc et leur remplacement par ceux de Claire Tabouret a été affichée sur les grilles de Notre-Dame, le 20 avril. Cela laisse deux mois pour attaquer cette autorisation devant la Justice.

Détail des travaux, sur l'autorisation affichée. © Samuel Martin

Le calvaire des vitraux

C’est une nouvelle « station » dans le calvaire de verrières des chapelles latérales sud. Décembre 2023, Emmanuel Macron annonce un concours pour la réalisation de six vitraux, commande d’État soutenue par Mgr Ulrich, archevêque de Paris. Juillet 2024 : la Commission nationale de l’architecture et du patrimoine (CNAP), s’appuyant sur la Charte de Venise, émet un avis défavorable à ce projet, qui met au rancart des vitraux conçus pour ces chapelles précisément et qui n’ont pas souffert de l’incendie.

Fin novembre 2025, le tribunal administratif rejette la requête de l’association Sites & Monuments qui demandait l’annulation du marché public. Décembre 2025 : les projets de Claire Tabouret, peintre qui a remporté le concours, sont exposés au Grand Palais. La philosophie de cette artiste, au-delà du fait d'être inspirée par les migrants ? « Ce serait une catastrophe de congeler un monument dans son histoire. » Comme si la catastrophe, ce n’était pas d’abord et surtout l’incendie, il y a sept ans, resté inexpliqué. Comme si la catastrophe était une cathédrale pluriséculaire où le XXIe siècle ne poserait pas sa crotte.

Au mépris du patrimoine

Qu’apporteront les vitraux de Claire Tabouret, à part perturber un équilibre délicat ? « Grisailles », c’est ainsi qu’on qualifie les vitraux de Viollet-le-Duc, et qu’on les disqualifie. Ils colorent très bien les cinq chapelles latérales sud concernées par ce truchement de verrières. Voyez la chapelle Sainte-Clotilde. Il s’y mêle du XVIe (les boiseries), du XVIIe (un tableau de Poerson) et beaucoup de XIXe : autel, statue, confessionnal, et de ces vitraux de Viollet-le-Duc. Reconnaissons à ce XIXe, qu’on a pu juger intrusif en la matière, qu’il a pour lui, ici, de mettre en valeur ce qui doit l’être. Du XIXe siècle, Claire Tabouret, elle, n’a qu’un anachronique diplôme des beaux-arts qui ne certifie en rien qu’elle ait le goût nécessaire à de tels arrangements.

Depuis le début, les autorités se sont montrées sourdes à la réprobation des experts du patrimoine. Mais le pouvoir sait se trouver des serviteurs compréhensifs. À l’honneur de servir Notre-Dame, deux architectes en chef des monuments historiques ont préféré l’opportunisme de soutenir le projet épiscopo-présidentiel. Leurs noms sont inscrits sur l’autorisation de travaux. Pas sûr que mettre à bas des vitraux qui avaient réchappé au terrible incendie leur fasse honneur.

Les vitraux de Viollet-le-Duc dans la chapelle Sainte Clotilde. © Samuel Martin

Quatre millions mal employés

Outre la question esthétique et patrimoniale, rappelons le coût de l’affaire. La dépose des Viollet-le-Duc, la restauration des maçonneries, la réalisation et l’installation des Tabouret vont coûter quatre millions d’euros. La France est si riche et le patrimoine si bien portant ! Une aile du château de Chambord menace de s’effondrer, plusieurs des bâtiments du Muséum national d’Histoire naturelle « sont dans un état de délabrement très avancé », la cathédrale de Clermont-Ferrand « vit une lente agonie » — et ne parlons pas de l’état des petites églises, des chapelles et autres châteaux « anonymes » qui parsèment la France… — mais on trouve quatre millions pour satisfaire l'orgueilleux caprice d’Emmanuel Macron.

Il aura fallu une cagnotte pour relever Notre-Dame ; il en faut une, désormais, pour la sauver d’un Président brise-verre : l’association Sites & Monuments appelle aux dons pour mener à bien son action en Justice. Si celle-ci échoue, l'abbé Michel Viot appelle d’ores et déjà à un sit-in de protestation. Le jour où les vitraux seront déposés, écrit-il, « rendez-vous sur place pour protester pacifiquement, les catholiques avec le chapelet, d’autres pour prier, d’autres pour protester contre le pouvoir arbitraire […] ». En attendant, et en complément de l'action en Justice, il n’est pas interdit d’invoquer saint Luc, patron des maîtres verriers.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

154 commentaires

  1. Ce Macron est de plus en plus imprévisible, dément, enragé et stupide, et pourquoi ?? Mais parceque la dette abyssale de la France est telle que M le Président se permet d’autoriser la réalisation et l’installation des « Tabouret » qui vont coûter quatre millions d’euros !!! C’est pas beau ça ?! Sans compter que les vitraux de Viollet le Duc sont magnifiques. Mais que font les Bâtiments Historiques pour les défendre?

  2. On a pas les moyens d’installer un système de sécurité digne de ce nom au Louvre pour protéger le patrimoine historique français, mais on les a pour installer des vitraux que seule son autrice et Micron1er et sa clique de malfaisants trouvent opportun ! l’absurdie continue !

  3. Notre « illuminé » de l’Elysée ne sera plus en poste lors de l’inauguration de ces vitraux qu’il aura voulu (un caprice de plus), puisqu’il ne fera plus de politique !
    Il n’y a que P PRAUD pour le croire : E MACRON étant parfaitement capable de dire une chose et son contraire d’un jour à l’autre.

      • il me semble que l’on parle d’authentiques vitraux dont la couleur vient de colorants ajoutés dans le verre lors de sa fusion (sélénium… )

  4. le coût de l’affaire. La dépose des Viollet-le-Duc, la restauration des maçonneries, la réalisation et l’installation des Tabouret vont coûter quatre millions d’euros. La France est si riche et le patrimoine si bien portant ! Une aile du château de Chambord menace de s’effondrer, plusieurs des bâtiments du Muséum national d’Histoire naturelle « sont dans un état de délabrement très avancé », la cathédrale de Clermont-Ferrand « vit une lente agonie » « … et ne parlons pas de l’état des petites églises, des chapelles et autres châteaux « anonymes » qui parsèment la France… — mais on trouve quatre millions pour satisfaire l’orgueilleux caprice d’Emmanuel Macron » ! C’est bien là où le bât blesse !
    Notre patrimoine est en déshérence, la France en faillite, et Môssieur Macron jette l’argent public par les fenêtres… Et bientôt payer les avocats américains de Madame… Combien encore de millions ?

  5. Nous avons échappé à la flèche en verre, mais sa Majesté ne peut se passer de laisser, croit-elle, une marque dans l’histoire, et donc malgré l’avis quasi unanime qu’il eût été bien de s’en tenir à la restauration de ce qui existait, tient à imposer ces vitraux dont le style n’a rien à voir avec celui de Notre Dame. Mais qu’importe : JE décide…

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