Porte-parole du collectif Restons ouverts regroupant les professionnels des bars et , Stéphane Manigold réagit aux mesures de annoncées, hier soir, par .

Quelle est votre réaction, suite à l’intervention du Président, hier soir ?

En premier lieu, les chiffres sanitaires sont effectivement catastrophiques, nous le déplorons et apportons notre soutien plein et entier au personnel soignant et hospitalier. Ce que nous faisons largement, puisque nous avons cuisiné pour le personnel de santé pendant toute la période de confinement, et nous continuons à les soutenir pour qu’ils puissent s’échapper dans nos établissements, par l’intermédiaire du guide Michelin, en leur offrant des repas. Ensuite, sur le plan économique, il faut dire que le président de la République a été totalement absent. La semaine dernière, Olivier Véran nous donnait quinze jours de sursis. Quinze jours avec des mesures sanitaires renforcées. Nous l’avons entendu et avons mis rapidement en place les nouvelles conditions : nous avons réinvesti, sacrifié encore de la marge et des clients dans nos établissements, réduit encore nos espaces et redoublé de vigilance pour, au final, ne pas respecter cet engagement. Un couvre-feu à 21 heures ? C’est utopique de considérer que les gens vont venir manger à 18 h dans nos établissements. Les gens devront partir entre 20 h et 20 h 30, c’est effrayant.

Ce couvre-feu est-il une mesure efficace, selon vous ?

On peut discuter de l’efficacité réelle de la mesure dans ce sens où, l’Île-de-France étant en catégorie rouge écarlate, vous avez la possibilité de circuler et d’aller ailleurs. N’était-il pas plus normal d’avoir de la prévention plutôt que de confiner tout un pays ? Les professionnels de santé préconisent de protéger les personnes qui ont des facteurs à risque et qui sont celles que l’on retrouve dans les services de réanimation. Aujourd’hui, je considère que le président de la République a fait un choix politique mais pas scientifique. Nous ne sommes ni dans la prévention ni dans la mesure, on fait de la sanction. Et, du reste, je rappelle qu’avant le confinement en mars, nous n’avions pas de masques, toutes les règles et mesures sanitaires n’existaient pas encore. Derrière, nous avons cadenassé complètement le pays. Ensuite, nous avons eu des masques, du gel, des protocoles, au final, c’est retour à la case départ ! Force est de constater qu’avec ou sans masque, avec ou sans gel hydroalcoolique, on se retrouve dans la même situation ! Nous pouvons donc légitimement nous interroger sur l’efficacité des mesures mises en place pour lutter contre la propagation du virus. À part l’asphyxie des entreprises, c’est inefficace.

La mise en place du chômage partiel à 100 % va-t-elle permettre d’éviter la casse dans la profession ?

100 % pour l’instant, c’est un mensonge, puisque le reste à charge, ce sont 10 % de congés payés que nous payons, donc ce n’est pas 100 % mais 90 %. Nous devons avancer la trésorerie alors que nous ne réalisons aucun chiffre d’affaires. Je ne sais pas ce qu’est un accompagnement de l’État. Aujourd’hui, l’État nous colle 10 % de la masse salariale alors que nous ne rentrons pas de chiffre. Il nous colle un prêt garanti par l’État (PGE) qui est une avance de trésorerie, donc de la dette ; nous payons les loyers alors que nous sommes fermés, c’est encore de la dette. En somme, l’État ne cesse de nous coller de la dette. J’espère que Bruno Le Maire va reprendre les rênes de l’économie et que nous arrêterons les mesurettes.

Que comptez-vous faire ?

Nous restons combatifs. J’étudie, avec Maître Le Prado, qui est constitutionnaliste, la possibilité d’un recours dont nous mesurons la portée. Nous considérons qu’il y a une rupture de l’égalité et d’efficacité dans le cadre de la mesure qui a été prise. Au fond, on sanctionne tout un pan de l’économie pour favoriser – soyons clairs – le commerce en ligne. Demain, vous organisez une soirée à 20 h 30, vous faites venir tous vos invités, à 22 h, vous commandez 45 pizzas, personne ne vous interdira de les commander ! Et pourtant, on vous dit qu’il faut être six maximum chez vous… Donc, je ne crois pas que ces mesures soient efficaces. J’envisage un référé-liberté, non pas pour rouvrir à tout prix mais pour faire comprendre au gouvernement que s’il veut lutter efficacement contre la propagation du virus, il doit cesser de faire de la politique pour écouter nos scientifiques.

Propos recueillis par Iris Bridier