L'actualité de la semaine a été indéniablement marquée par la montée spectaculaire de Valérie Pécresse dans les sondages. Du +10 points qui ferait presque oublier les boulets bien réels qui lestent sa candidature et qui ne se sont pas évaporés par la magie de sa désignation. Les commentateurs, et l'intéressée elle-même, ont bien raison de prendre cette envolée subite avec circonspection. Interrogée, mardi, par BFM TV, elle s'est habilement abritée derrière l'adage que l'on n'a pas fini d'entendre : « Les sondages, ça va et vient. ». L'explication communément avancée est évidente : une augmentation purement mécanique due à la désignation. Un électorat qui n'avait pas de candidat en a enfin un. Mais cela signifie aussi que l'heureux élu eût été Barnier ou Bertrand, il aurait récolté le même gain, puisqu'ils étaient au même niveau et peu ou prou sur le même programme. S'il y a donc effet désignation, c'est qu'il n'y a aucun effet Pécresse.

Quel est donc cet électorat qui se couchait hier sans candidat et se réveille aujourd'hui « pécressien », puisque Pécresse est le nom sorti du chapeau ? Une enquête du JDD réalisée à partir des quatre sondages de la semaine révèle que le bond de la candidate est surtout spectaculaire dans l'électorat filloniste d'il y a cinq ans : « Ainsi, dans le baromètre Harris Interactive, la candidate séduit 48 % des électeurs de François Fillon en 2017, contre 38 % lors de la précédente enquête fin novembre. […] Même constat dans l'enquête IFOP-Fiducial : Pécresse passe de 40 à 54 % d'intentions de vote chez les électeurs fillonistes. »

Mais un détail a été rarement commenté : dans ce jeu de vases communicants qu'enregistrent les sondages, l'ascension de Pécresse se fait au détriment de tous ses rivaux du centre et de droite, sauf un : Éric Zemmour. Le JDD le remarque avec raison : « Elle récupère ces potentiels suffrages chez Emmanuel Macron, Nicolas Dupont-Aignan, et surtout Marine Le Pen, qui passe de 10 à 5 % [de fillonistes], mais pas chez Éric Zemmour. Même constat dans l'enquête IFOP-Fiducial : Pécresse passe de 40 à 54 % d'intentions de vote chez les électeurs fillonistes, au détriment de Macron, de Dupont-Aignan, de Le Pen mais pas de Zemmour. »

Le phénomène est riche d'enseignements pour Pécresse comme pour ses rivaux.

D'une part, la fluidité de cet électorat « pécressien » constitue une faiblesse, par comparaison avec la solidité du socle d'Éric Zemmour, par exemple. S'il s'est déplacé en une semaine vers Pécresse, rien ne dit qu'il ne fera pas le chemin inverse selon les aléas de la campagne. Surtout, son origine très hétéroclite va compliquer la stratégie de la candidate LR : comment garder les macronistes et les électeurs de Marine Le Pen sur son nom ? Les mauvaises langues aiment à appeler Valérie Pécresse la reine du grand écart. C'est bien l'exercice qu'elle va devoir pratiquer. D'une certaine façon, Marine Le Pen est confrontée au même problème, avec des électeurs partis chez Zemmour et d'autres chez Pécresse : là aussi, le grand écart sera délicat. Vous me direz que ce sont des angoisses de candidats de second tour.

D'autre part, l'arrivée dans le jeu de Valérie Pécresse est une bonne nouvelle pour Éric Zemmour car, en mordant sur les électorats des autres, mais pas sur le sien, elle complique la tâche d'Emmanuel Macron comme de Marine Le Pen, avec laquelle elle est au coude-à-coude. Les deux favoris de l'avant-campagne vont être contraints de l'attaquer, elle, en laissant pour le moment tranquille le trublion Zemmour. Cette rivalité à trois peut lui être bénéfique et lui permettre de profiter de l'affaiblissement de l'un des trois favoris. En tout cas, donné entre 12 et 14 %, Zemmour n'a pas de souci de grand écart et peut se concentrer sur son filon, la droite Ciotti-RN, sans risquer l'incohérence. Il faut bien que la position de quatrième homme ait quelques avantages.

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11 décembre 2021

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