Editoriaux - Politique - 27 février 2018

Solidarité avec les sans-abri : 50 élus vont passer la nuit dehors sans parler des sujets qui fâchent…

Bravant les froideurs de l’hiver, une cinquantaine d’élus vont passer la nuit de mercredi à jeudi dehors « pour mobiliser l’opinion publique sur le sort des sans-abri ». Rendez-vous fixé à 21 heures, gare d’Austerlitz. Que le meilleur gagne. Comptage des survivants jeudi matin à 8 heures.

À l’appel de Mama Sy, adjointe à la mairie d’Étampes, élus de droite, de gauche, insoumis, écolos, communistes et centristes se serreront les uns contre les autres tels des pingouins sur la banquise pour dénoncer le sort tragique de ceux qui n’ont pas pu bénéficier des hôtels Formule 1, manoirs et autres locaux si facilement réquisitionnés pour abriter le roi migrant.

Il va sans dire que cette bande de réfrigérés éphémères n’abordera pas ce « deux poids deux mesures » qui voit de nouveaux arrivants être préférés au citoyen SDF local. Pas davantage il ne faudra compter sur ces congelés d’un soir pour s’étonner de la mise à disposition, d’un coup de baguette magique, de milliers de mètres carrés qui n’avaient, jusque-là, jamais été proposés même par les froidures les plus polaires. Tout au plus ouvrait-on quelques stations de métro…

Cinquante mobilisés dans un combat louable, mais tous issus de partis bien-pensants qui n’ont pas manqué d’approuver et, parfois même, d’œuvrer en faveur de cette charité bizarre qui délaisse le proche au profit du lointain. Des cas de SDF virés pour laisser la place à des migrants ont été signalés çà et là sans qu’aucun élu-pingouin ne s’en indigne.

L’attitude n’est pas sans rappeler la fourmi de la fable de La Fontaine « fort dépourvue quand la bise fut venue ». Le palmipède politique a la prise de conscience tardive. « Nous demandons la réquisition des locaux vides. Il ne s’agit pas de dire c’est la faute d’untel ou untel », déclare l’instigatrice du mouvement. La faute à « pas de chance », en quelque sorte. Creuser la question reviendrait peut-être à découvrir qu’ils sont de près ou de loin l’une des causes de la situation qu’ils dénoncent… Embêtant. Envoyés de la gare d’Austerlitz à celle de Waterloo. Réveil brutal.

Les élus se contenteront donc d’un bla-bla de bon aloi et de quelques cuillerées à soupe de moraline pour se réchauffer. « Eh bien, pleurez, maintenant », aurait conclu La Fontaine, sans aucun égard pour le sans-abri transi qui fait les frais de ces faux-semblants.

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