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La France Orange mécanique sort en Poche. Cinq ans après la première édition, Laurent Obertone revient sur le livre qui l’a rendu célèbre…

Si vous deviez réécrire La France Orange mécanique, qu’y changeriez-vous ?

Quelques “faits divers” mériteraient des développements. Je pense à Thomas, ce policier sérieusement blessé à plusieurs reprises, notamment en tentant de maîtriser un individu interpellé pour la 97e fois, qui a sombré depuis dans la dépression et l’anorexie, et qui en est mort. Il avait 28 ans, pesait moins de 40 kg. Il est parti ignoré, loin des cellules psychologiques, bien loin des grands médias. C’est une victime de l’utopie du “vivre ensemble”, une de plus, qui n’est pas dans les statistiques. 

Même interrogation pour l’accueil : pensez-vous que s’il paraissait maintenant, il serait mieux reçu par la presse ?

Non, la situation est la même. On ne peut parler d’insécurité que si l’on vient du bon endroit, avec le bon CV, et avec la ferme intention de défendre les minorités qu’il est moralement correct de défendre. 

Parlons prisons… Suite à l’agression de plusieurs gardiens et à la surpopulation carcérale, certains journalistes se demandent si la France “emprisonne trop”… Cela vous surprend ?

C’est traditionnel : ils tentent de banaliser leur opinion, qui est pourtant très minoritaire dans le pays. En réalité, la France emprisonne très peu, son taux d’incarcération est, par exemple, plus de sept fois inférieur à celui des États-Unis. La France s’accroche à ses idéaux et refuse obstinément de prendre la mesure de l’évolution de sa criminalité ultraviolente. 

Une telle position est criminelle, complice de la criminalité. Une minorité très active d’individus commet une part importante des crimes. Si elle n’est pas durablement mise hors d’état de nuire, quantité d’honnêtes gens le paieront, parfois de leur vie. Les chiffres de la récidive, même largement sous-estimés par les statistiques officielles, sont effarants.

Chaque année, 100.000 peines de prison ne sont pas exécutées. Tout est fait pour que le Code pénal ne soit pas appliqué. Je considère l’insécurité comme une faillite majeure de l’État, qui n’est plus au service d’une société mais des idées de quelques-uns. 

Selon vous, la France de Macron sera-t-elle celle de l’apaisement social ?

En aucun cas. La France de Macron, et celle d’avant, et celle d’après, j’en ai peur, est celle de la communication. On se concentre sur les postures, on oublie les actes, on reste dans le confort moral du déni et du laxisme. Le capital social s’effondre peu à peu et il sera de plus en plus difficile d’inverser cette tendance. 

Que peut-on dire de 2018 ? La France Orange mécanique est-elle pire qu’il y a cinq ans ?

L’important est le taux général de l’insécurité, atteint ces dernières décennies, et pas les infimes oscillations que commentent régulièrement experts et politiciens. Force est de constater que nous nous y sommes habitués. La capacité du citoyen moyen à digérer le vrai scandale, celui qui n’est pas artificiel, est frappante. On lui a récemment demandé de se faire à l’idée du terrorisme, il a l’air d’accord. Big Brother reste une machine à conditionner très efficace. 

La France Orange mécanique vous a fait connaître comme journaliste. Aujourd’hui, vous êtes surtout romancier. Et demain ? 

Un roman comme Guérilla ou des récits comme Utøya et Le Diable du ciel reposent sur un travail d’investigation similaire à ceux de mes essais. L’histoire retient davantage les romans que les essais, peut-être parce le roman permet parfois d’en dire davantage, et rebute moins le grand public. Mais l’essai, plus technique, appuyé par quantité de données détaillées, permet une réflexion plus complète. Je n’ai pas encore tranché. Quel que soit leur genre, mes livres reposent sur des données factuelles. Les faits étant assez peu “vivre ensemble”, ce n’est pas sans faire de vagues.

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