Editoriaux - Politique - 30 septembre 2019

Robert Ménard en a marre : ce qu’il veut, lui, c’est gagner, pardi !

Au lendemain de la Convention de la droite, l’intervention d’Éric Zemmour faisant couler beaucoup d’encre, celle de Robert Ménard passe plus inaperçue. Pourtant, le coup de gueule du saint Jean bouche d’or de la droite française sonne comme une judicieuse mise en garde.

« Je me sens abandonné par vous ! Je me contrefous de la métapolitique. J’arrête de me prendre pour un Gramsci aux petits pieds. Moi, j’ai des urgences. Et ce dont j’ai besoin, c’est d’alliés. »

Un peu de provocation, pour réveiller, mais aussi une conviction : celle que la réflexion en huis clos parisien ne doit pas faire oublier l’action sur le terrain. Robert Ménard ne s’en est jamais caché, il est un pragmatique, préférant le concret incarné au jus de cerveau éthéré. C’est le devoir de réalité qui a, d’ailleurs, motivé sa « conversion », son refus de continuer à chausser les pantoufles de fondateur de Reporter sans frontières… une rente de situation, pourtant.

Il ne veut pas être Gramsci, mais il est un peu Péguy : « Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. ». Ou encore, moins trempé dans l’eau bénite, Clemenceau : « Il faut savoir ce que l’on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire ; quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire. »

L’intention affichée de Marion Maréchal de reconquérir le terrain des idées, de gagner la bataille culturelle – métapolitique – parce qu’elle est un préalable indispensable à la victoire politique s’entend et se défend. Durant de longues années, la gauche a infusé, irrigué, bercé la société avant d’accéder au pouvoir. Combien de temps s’est écoulé entre Mai 68 – si tant est que cette date soit l’alpha du combat – et mai 81 ?

Sauf que la droite n’a pas le temps d’attendre : treize ans pour arriver aux affaires ? Que sera devenue la France ? D’aucuns diraient, d’ailleurs, qu’il est un peu paradoxal de prétendre s’affranchir de la tutelle intellectuelle de la gauche et de vouloir marcher dans les pas – fût-ce dans la forme – du communiste italien Gramsci. La fin n’est pas la même, et le chemin pour y arriver non plus, car à gauche, celle-ci justifie les moyens… pas à droite : c’est son honneur et son talon d’Achille. Ce n’est pas un hasard si LMPT a échoué et si les gilets jaunes se sont fait phagocyter. N’est pas Black Blocs qui veut. La droite est malhabile à détruire, ne sait rien quémander, ne sait pas obtenir, ses menaces ne sont pas crédibles : n’étant pas prête à tout, elle n’effraie en rien. Elle ne sait que bâtir. La gauche, c’est la révolution, la droite c’est la reconstruction. Contre le Grand Soir, le Petit Matin qui se retrousse les manches. Il n’y a que là qu’elle excelle. Qu’elle le fasse donc. Et pas seulement dans sa tête, mais dans la vraie vie, les mains dans le cambouis. Marion Maréchal l’a dit elle-même dans son allocution, la droite doit être « du côté de de la réalité, contre l’idéologie ». Quand le bon sens enfin affleure, l’idéologie apparaît pour ce qu’elle est : un leurre.

Robert Ménard a l’œil acéré de celui qui fut longtemps observateur extérieur. Il sait la droite guettée par deux tentations : la division, ce poison puissant instillé par la gauche qu’après Oz ta droite, la Convention du même nom s’était donné pour but de neutraliser. Et la procrastination électorale, par inconsciente résignation, par intériorisation de la défaite. La droite fait depuis longtemps de la politique façon Coubertin. L’important, c’est de participer : elle pense avoir gagné quand elle a un peu moins perdu. Robert Ménard, lui, veut la victoire. Il l’a eue à Béziers, a désormais un bilan à faire valoir et voudrait que d’autres, ailleurs, viennent l’imiter. Dans quelques mois, les municipales : si, en haut de la pyramide, l’entente peine à se faire – samedi, les ténors LR ont brillé par leur absence -, la piétaille, à l’échelon local, sait bien que la condition de sa survie est d’être unie. Et aussi de préparer les présidentielles, pardi.

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