La question du sacrifice financier des politiques au titre de participation à « l’effort de guerre » se posera tôt ou tard. Que cela plaise ou non à , qui a eu l’air de trouver la question bien incongrue et a préféré « botter en touche » . Par impréparation, égoïsme, déconnexion ?

Toujours est-il que l’époque s’y prête à merveille : si on mesure encore mal le désastre économique de l’après-, on a déjà une petite idée. Combien de patrons contraints de mettre la clé sous la porte, de salariés privés d’emploi ? C’est « la guerre », nous a prévenus Emmanuel . La solidarité est de mise. Il faut se la jouer collectif. Beaucoup de Français l’ont compris. De petits gestes en grands sacrifices, chacun a fait son effort. Qui pour aider son voisin, qui pour fournir les en matériel de protection, qui pour assurer le ravitaillement de la population. Sans compter les médecins et le personnel médical qui, pour certains, l’auront payé de leur vie.

Alors, bien sûr, à côté, le sacrifice de certains « grands patrons » prêts à céder une part de leur rémunération, comme Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, Bernard Arnault, Jean-Dominique Senard, président de Renault, et bien d’autres peut paraître naturel. Il n’empêche, c’est toujours mieux que le rien que laisse entendre le ministre. D’immenses fortunes, peut-être, mais eux, au moins, auront fait un geste de cette solidarité si chère à Emmanuel Macron.

Pour les petits patrons, le sacrifice peut aller loin : aux États-Unis, une patronne de restaurant a été jusqu’à vendre son plus beau joujou, « une Mustang rouge », pour tenir un mois de plus et pouvoir payer ses salariés. Bien sûr, on n’en demande pas tant à Edouard Philippe. Mais des cadres de grandes entreprises en France mouillent la chemise. Renault Truck et PSA ont réussi l’exploit de signer avec l’ensemble de leurs employés des « accords de solidarité » : leurs cadres ont ainsi accepté une baisse de leurs rémunérations pour permettre une meilleure indemnisation des autres salariés. Accords significatifs qui ouvrent des perspectives de pacification pour l’avenir. De quoi désamorcer le conflit entre les ouvriers (restés sur le pont) et les cadres (pour certains accusés de confinage abusif pour cause de ).

Les sociétés Chanel, Danone et Hermès, quant à elles, annoncent renoncer au soutien financier exceptionnel de l’État et se débrouiller avec leur propre trésorerie. Pour le président de Chanel, « cette décision relève de notre plan de solidarité responsable. Car l’État français va avoir d’autres priorités. Il lui faudra venir au secours d’entreprises en difficultés. »

Dans ce contexte dans lequel chacun participe à l’effort national comme il peut, on voit mal comment nos responsables politiques pourront plus longtemps éluder la question du sacrifice personnel. D’autant que les ministres autrichiens, bulgares et marocains ont donné le ton en renonçant à un mois de leur salaire. La barre semble un peu haute pour Sibeth Ndiaye. Elle n’est pourtant pas infranchissable. Elle est même nécessaire. Ne serait-ce que pour appréhender le conflit « d’après », quand les Français soucieux de régler les comptes se demanderont où est passée l’exemplarité de leurs dirigeants.

25 avril 2020

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