Economie - Editoriaux - 16 septembre 2019

Récession, budget, BCE : changer de logiciel !

Tous les experts financiers et économiques s’en inquiètent et affirment en chœur que la période des taux négatifs ne peut durer, ils en dénoncent les effets pervers : le coût – 7 milliards par an pour les banques – n’est pas négligeable, les États empruntant à des taux négatifs ne sont pas enclins à faire des réformes de structure, l’assurance-vie des épargnants est en difficulté, la spéculation immobilière s’accélère.

De plus, dans le même temps, la croissance économique stagne et il existe des craintes de récession, surtout en Allemagne, dont l’économie fondée sur les exportations est menacée en raison des tensions sino-américaines.

Face à cette situation, le gouverneur de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, décide de reprendre une politique de rachat d’actifs pour stimuler l’économie : il vient d’annoncer la reprise de l’assouplissement quantitatif que la BCE avait arrêtée, fin 2018, après avoir injecté 2.600 milliards d’euros dans l’économie sans vraiment réussir à relancer la croissance.

Ce sont surtout les banques et, indirectement, la dette des États qui en ont profité !

Cette fois, Mario Draghi annonce qu’il va injecter à nouveau 20 milliards par mois et « aussi longtemps que nécessaire », ajoute-t-il.

Mais il ajoute surtout que, pour relancer l’économie, c’est aux États d’agir par la relance budgétaire. Il vise plus particulièrement l’Allemagne, qui a de très importantes marges de surplus budgétaires, ce qui est une faute par rapport au traité de Maastricht, mais Berlin ne veut rien entendre et campe sur son magot…

Quant à la France, elle est en déficit, elle n’a aucune marge budgétaire. Ainsi, lorsque le ministre de la Santé promet 750 millions d’euros aux urgences hospitalières sur trois ans, ce n’est pas 750 millions de crédits nouveaux mais des réaffectations dans le budget de la santé. Sans commentaire !

C’est à ce stade que l’on doit sortir des carcans idéologiques pour changer de logiciel budgétaire et financier.

Il convient de rappeler que l’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne – repris du traité de Maastricht – interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États d’accorder des découverts aux institutions de l’Union et aux États membres.

Le système des avances bien connu sous la IVe République et au début de la Ve est révolu ; depuis lors, les États sont soumis au diktat des marchés, ils sont ramenés à des emprunteurs privés et ordinaires.

Cette règle a été dictée par l’Allemagne, qui vit dans la phobie de l’inflation, car il est vrai que les avances ont suscité de l’inflation mais, en revanche, elles ont permis de relancer l’économie réelle et d’assurer le redressement.

Rappelons que les avances, jeu d’écritures à la Banque centrale, ne sont jamais remboursées, c’est de la création monétaire, crime de lèse-majesté budgétaire pour certains, nécessité pour les autres !

Cette règle n’est plus pertinente aujourd’hui, elle doit être dénoncée, même si les Allemands ne veulent pas l’entendre, car contraire au traité et surtout à leur idéologie financière.

Relevons au passage que l’assouplissement quantitatif est aussi contraire à la lettre, sinon à l’esprit, du traité et, cependant, Mario Draghi l’a fait. La réalité est que l’on ne gouverne pas l’économie avec des traités rigides, il y faut du pragmatisme loin des idéologies.

En l’occurrence, il faut rétablir les avances à taux zéro des banques centrales aux États pour l’investissement : la France a un besoin important d’investissements dans les infrastructures, la recherche, les équipements militaires, l’intelligence artificielle, l’université…

C’est en rétablissant ce lien direct que l’économie réelle repartira car l’assouplissement quantitatif profite aux banques et à la dette des États mais les banques hésitent à prêter aux entreprises car elles sont par nature très prudentes. Malgré une légère reprise, les investissements stagnent.

En revanche, grâce aux avances de la Banque centrale au Trésor, l’État lancera des plans de relance industrielle, à charge pour lui de rétablir un ministre de l’Industrie et de la Prévision, qui fait cruellement défaut aujourd’hui !

C’est le seul moyen pour relancer la croissance sans accroître la dette de l’État !

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