Excepté Nicolas Sarkozy qui ne changea jamais de Premier ministre lors de son mandat (2007-2012), il est de tradition que le président de la République choisisse un chef de campagne à l’approche de l’échéance majeure pour assurer la conduite de sa réélection. Cela n’avait pas été un succès, pour le patron du RPR, puis de l’UMP, et enfin de LR, mais rien ne dit que l’échec puisse être attribué au seul maintien de François Fillon. Ce type de remaniement est, en réalité, un grand classique, une étape obligée lorsque la première partie du parcours n’a pas connu un déroulement serein porteur d’une politique que l’électorat ne rejette pas. Il s’agit, alors, de remettre les troupes en ordre de marche avant l’affrontement décisif et tenter de faire sous-estimer les déconvenues des premières années par des électeurs que l’on voudrait oublieux et parfois même pusillanimes.

Sorti du néant et élu en mai 2017, après une ascension fulgurante, a bouleversé l’ordonnancement de la vie politique de la France, et pas toujours pour le meilleur.

Après une première année au cours de laquelle il tenta, à marche forcée, sans y parvenir tout à fait, de « réformer » ce qui, selon lui, doit l’être et d’établir sa marque au plan international, l’affaire Benalla démontra que les vieilles embrouilles de l’ancien monde ont encore la vie dure. Suivra la révolte des gilets jaunes, les défections importantes et les renoncements inéluctables (Constitution et retraites, notamment). Si bien que la cote de popularité de François Hollande, pourtant à la hauteur de ses déconvenues au moment de son retrait, n’a rien a envier à celle de l’actuel locataire de l’Élysée.

La nouvelle équipe est donc en principe composée pour entamer la reconquête des instants idylliques de la victoire surréaliste de 2017. À sa tête un presque inconnu du grand public dont on nous dit qu’il serait un homme de tempérament sinon de caractère. On peut craindre qu’il ne soit, en fait, qu’un Philippe bis, la trempe en moins, et d’une personnalité plus flexible, voire docile. Attendons et voyons, nous allons assez vite savoir.

En dehors de cela, peu de coup d’éclat hormis la nomination, place Vendôme, d’Éric Dupond-Moretti, célèbre bretteur des prétoires. Cette désignation s’apparente un peu à un coup de poker, un coup de bluff qui, s’il était gagnant, pourrait être le vrai coup de maître de la magistrature suprême pour bouleverser une magistrature qui provoque bien des vicissitudes dans la vie judiciaire de notre pays. Le risque n’est pourtant pas négligeable car l’homme a du ressort, des idées et des convictions. Il n’appartient pas à la cohorte des soumis. Parions qu’en cas de désaccord important, il pourrait ne pas faire de vieux os à l’hôtel de Bourvallais. En outre, si l’idée de l’avoir choisi était de faire plier les avocats au sujet de leur système de retraite, la partie semble perdue d’avance.

À un degré moindre, il y a une autre grosse surprise. C’est la nomination de Roselyne Bachelot à la culture. En fait, la surprise n’est pas vraiment l’offre qui lui est faite de rallier la Macronie comme beaucoup d’autre avant elle, mais plutôt son acceptation du poste. On se souvient tous de ses mots définitifs sur son refus absolu de revenir en politique… Mais, direz-vous, il n’y a que les imbéciles qui ne soient prêts à quelques renoncements de circonstance, surtout s’il sont bien rémunérés et permettent de se redorer la pilule…

Cette équipe aura l’occasion sous peu, un an tout au plus, de vérifier sa validité. Ce sera à l’occasion des prochaines consultations (départementales et régionales) qui, à l’inverse des municipales, donneront une meilleures lisibilité de l’état de l’opinion. Si une nouvelles crise sanitaire ne vient pas masquer la réalité du paysage réel de la nation au profit d’un mythe EELV…

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