Rave-party dans l’Aude : et si on s’inspirait de Meloni ?

Le gouvernement de Georgia Meloni a fait passer, en 2022, un « decreto anti-rave » des plus efficaces.
Capture écran BFMTV
Capture écran BFMTV

C’est dans la soirée, vendredi 29 juillet dernier, qu’avait débuté une rave-party sauvage qui restera dans les mémoires, provoquant des échauffourées locales jusqu'à ce mardi 2 septembre et des échanges politiques musclés entre le député Sébastien Chenu et le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau.

Un symbole terrible

Ce phénomène de rave-party n'a rien de nouveau en soi, pas plus que les violences qu'il génère souvent. Mais outre son caractère totalement illégal, ce rassemblement avait dès le départ fait polémique du fait du lieu de rendez-vous choisi : une plaine agricole située sur la commune de Fontjoncouse, un village viticole du massif des Corbières comptant 140 habitants. Le site choisi est donc situé au cœur même de la région de l’Aude dévastée par l’incendie estival géant qui avait commencé le 5 août et venait de ravager 16.000 hectares, de détruire 36 habitations et de nombreuses exploitations agricoles et viticoles, et de provoquer un décès.

Sur les ondes de RMC, le chef étoilé Gilles Goujon, dont le restaurant est installé à Fontjoncouse, a dénoncé « le manque de respect total » des participants, estimant « complètement immoral que les gens viennent danser sur les cendres de gens qui ont tout perdu ». Tout cela n’a visiblement pas ému les quelque 2.500 personnes ayant répondu à l’appel des organisateurs de l’événement.

Mais très vite, la tension est montée, au sein d’une population locale ulcérée. Parmi eux, des viticulteurs et agriculteurs dont certains, face au mépris des « teufeurs », s’en sont alors pris à plusieurs voitures garées à proximité par des participants. Et des échauffourées ont eu lieu entre des paysans et les plus énervés des « raveurs ».


Les gendarmes mobiles et CRS dépêchés sur place ont pu empêcher l’arrivée de nouveaux candidats à la rave-party et limiter les débuts de bagarres, sans pouvoir pour autant déloger ceux qui s’étaient installés, malgré une présence importante et relayée par un hélicoptère.

Une inquiétante montée en tension

Lundi, à la mi-journée, un communiqué de la préfecture de l’Aude indiquait que quelque « 1.500 personnes demeur[ai]ent sur le site ». Appelant les participants à quitter les lieux au plus vite, il prévenait aussi que « l’ensemble des personnes contrôlées ser[aient] verbalisées pour le non-respect de l’arrêté préfectoral interdisant l’accès à zone de feu » par des amendes d’un montant de 135 euros. Plus tôt dans la journée, le maire de Fontjoncouse, Christophe Tena, s’inquiétait déjà de la tournure prise par les événements, observant que « la tension est en train de monter. Après les incendies qu’on a connus, les habitants sont à bout de nerfs, on a des gens qui ont tout perdu, ça va mal finir. »

Mais au-delà du symbole terrible d’une fête sauvage se déroulant sur les cendres encore tièdes d’un incendie traumatisant, le maire tenait aussi à rappeler les dégâts provoqués sur des terrains privés par un rassemblement illégal. « Ils sont sur des propriétés privées, sans autorisation, ils détruisent tout et la préfecture me dit qu’on ne peut rien faire pour les faire partir. On marche sur la tête. Les gens sont en colère. Il y a eu des dégradations de véhicules des teufeurs, garées le long des routes, ça risque de dégénérer. » Désemparé face à une rave-party intervenant en pleines vendanges, Christophe Tena, viticulteur lui-même, craignait alors que cela puisse « durer jusqu’à mardi. Tant qu’ils ont à boire, à manger, à fumer, ils ne s’en vont pas. Je ne sais plus quoi faire. »

L’intervention musclée des habitants, bien qu’illégale elle aussi, a heureusement fini par décourager les derniers participants, qui ont plié bagage dans la matinée du mardi 2 septembre, laissant un champ ravagé et jonché de bouteilles, canettes, seringues et détritus de toutes sortes.

Bruno Retailleau crée la polémique

Lundi soir, sur TF1, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau avait commenté l’événement. Pour lui, l’organisation de rave-parties et la participation à ces événements doivent devenir « un délit et non pas seulement une contravention ». Il déclare s’inspirer de la « législation très dure » en vigueur en Italie depuis trois ans. Le gouvernement de Georgia Meloni a en effet fait passer, en 2022, un « decreto anti-rave » dont le texte stipule, comme le rapporte le site spécialisé en musique électronique Mixmag France, que « tout rassemblement festif non autorisé de plus de 50 personnes, qu’il se tienne dans un lieu public ou privé, est désormais passible de six ans de prison et d’une amende pouvant atteindre 10.000 euros ».

Mais la sortie de Bruno Retailleau sur le sujet n’a pas manqué de faire réagir, dès mardi matin, Sébastien Chenu, député RN du Nord. Sur BFM TV, il a estimé que « Bruno Retailleau est un hypocrite », oubliant qu’« au début de l’été, Marc Chavent, député UDR de l’Ain, nos alliés, a déposé la proposition de loi 17-21, que des députés du Rassemblement national ont signé, justement pour aligner notre législation sur la législation italienne ». Or, ajoutait Sébastien Chenu, « elle n’a pas été mise à l’ordre du jour, parce qu’en fait, cela ne venait pas de leurs bancs ». Et « leur sectarisme, ce sont les Français qui le payent », a-t-il conclu.

Dans un premier temps, silence radio de la Place Beauvau. Mais sollicité par BV, ce mardi en fin de matinée, le cabinet du ministre de l’Intérieur nous a finalement adressé un communiqué, rappelant tout d’abord que « l’ordre du jour est fixé par Matignon et le ministère des Relations avec le Parlement » et, donc, pas par Beauvau, mais que « le ministre de l’Intérieur a demandé à ce que plusieurs sujets soient traités en urgence ». Et concernant la proposition de loi sur les rave-parties, le cabinet du ministre précise qu’« elle a été déposée le 11 juillet et la session parlementaire s’est terminée le 11 juillet 2025. Elle a donc été déposée trop tard pour être examinée », ajoutant, pour conclure, qu’il faut « que le RN et l’UDR demandent à Matignon d’inscrire leur texte s’ils le souhaitent ». Autant de choses que le ministre s’est bien gardé de mentionner, lundi soir, à la télévision.

Mais qu’on considère cet échange comme une inutile joute d’ego, un regrettable mensonge par omission ou un oubli sans réelle importance, il n’en reste pas moins que le fond du sujet est grave et qu'il a même pris un accent dramatique au cœur de la région audoise, aujourd’hui sinistrée. Et si l'alliance UDR-RN et le ministre LR s'accordent sur une chose, c'est bien sur l'urgente nécessité d'une loi.

Vos commentaires

132 commentaires

  1. Oui retailleau est un hypocrite, je le dis depuis le début. Les LR dont il est le président ont trahi leurs électeurs, ses actes sont en contradiction totale avec ses paroles. Là il a décidé de soutenir bayrou ça situe le bonhomme.
     » Et concernant la proposition de loi sur les rave-parties, le cabinet du ministre précise qu’« elle a été déposée le 11 juillet et la session parlementaire s’est terminée le 11 juillet 2025. Comme c’est bizarre, déposée une loi lorsque la session ferme, si les gens ne comprennent pas qu’on se fiche de notre pomme.
    Il est évident que le torchon brûle en France et que de plus en plus les Français vont assurer leur propre défense.

  2. L’intervention des habitants, l’avenir et pas que des habitants, des victimes entre autre.
    A qui on fera croire que la préparation était tellement discrète que les services de renseignements ne l’ont pas détecté, 2500 personnes, au bas mot, savait ou et quant et pas a la dernière minute et aucun moyens n’ont été pris pour les empêcher, on nous prendrais pas pour des imbéciles, non ?
    Un tel déploient de matériel obligatoire passé inaperçus ! Faut forcer grave pour nous le faire croire.

  3. Comme je l’ai déjà dit, il n’y a plus d’autorité de l’Etat, plus d’autorité du père, plus d’autorité de l’enseignant, plus d’autorité de la police, de la justice et nous voilà face à une jeunesse oisive, zombifiée, abrutie par des slogans écolo-gauchistes

  4. J’ai une impression du déjà vu…
    – Lors de la niche RN en Octobre dernier le numéro 2 de Retailleau a demandé à voter la suppression de la PPL du RN qui vise à expulser les étrangers constituant une menace grave à l’ordre public.

    – En début d’année concernant la suppression du droit du sol partout en France, les LR absents ou s’abstiennent…

    Je crois que ça va faire 1 un an qu’il est à Beauvau, il parle beaucoup mais derrière il n’y a rien!

  5. Et tous ces jeunes n’allaient pas au boulot lundi matin ? C’est pour eux que Bayrou veut plumer les retraités ?

  6. La prédiction de Colomb « …après le côte à côte, le face à face… » nous y sommes !
    La france profonde se réveille, le bon sens finira t’il par prendre le dessus ?

    Cette article oublie de mentionner qu’une habitation a été saccagée par ces « gentils » fêtards, tout comme de nous dire qui va payer la remise en état du site ?

    Les FDO auraient dû garder sous le coude quelques contrevenants pour faire ce nettoyage au Titre de l’Intérêt Général, soit une nouvelle forme des TIG !

  7. En regardant quelques images à la TV, j’ai vu du matériel sono et de la déco probablement extrêmement chers. Or, ce genre de fiestas pour tarés dégénérés sont gratuites. Il n’y a pas de tickets d’entrée. D’où ma question: qui finance ce matériel hors de prix et ces véhicules de sono ?
    Personnellement j’émettrais l’hypothèse, mais j’ai surement mauvais fond, que tout ces cirques itinérants sont financés par le commerce de la drogue. Ce genre de « fiestas » permettent à la fois de maintenir les personnes déjà accrocs dans leur adiction tout en recrutant de nouveaux clients. Bref ceux qui sont derrière tout ça font coup double.
    Par contre notre état qui reste à regarder passivement ces délits, voire ces crimes (beaucoup de viols sont souvent notés en plus du trafic de drogue) est devenu totalement écoeurant.

  8. Entendu sur cnews mardi soir : les habitants qui ont voulu intervenir se sont retrouvés face à des fusils et des pistolets des teufeurs ! Allo m. Retailleau ?

  9. ‘’L’intervention musclée des habitants, bien qu’illégale…’
    Une fois de plus, les victimes ont tort, sont dans l’illégalité, car il ne faut pas se défendre quand on s’en prend à vos biens bande de fachos.
    Quand l’État ne fait pas respecter le Droit, le Peuple se réveille, gronde et là, la solution arrive simple claire et nette.
    Je suis sûr que les Gendarmes ont dû apprécier l’aide des Paysans.

    • C’est « l’illégalité » inversé. Les viticulteurs ont bien fait de s’en prendre aux voitures des « raveurs », qu’ils sachent ce que sait de ne pas respecter le bien d’autrui. C’est tout de même incroyable que les forces de l’ordre ne puissent rien faire de peur de blesser ou tuer un participant, mais ils en prennent le risque , qu’ils assument tout comme ceux qui refusent d’obtempérer et que le policier soit obligé de se servir de son arme ! Oui, les Français n’en peuvent plus de subir cette voyoucratie , à défaut d’autorité de l’Etat, et des bien-pensants, bien au chaud dans leur cocon parisien, les Français défendent leurs biens et leur personne.

  10. Très bien, les habitants. Cela devrait arriver plus souvent et de préférence avant la fin de la « fête ». Si l’état n’est pas capable de faire respecter la loi, il ne faut pas s’étonner que d’autres prennent les choses en main.

    • Exactement, on culpabilise ceux qui défendent leurs biens et on tremble devant des voyous qui ne respectent rien ! Alors, oui, c’est la loi de la jungle

  11. 4 JOURS « nécessaires » à retailleau pour venir pérorer « les teuffeurs seront expulsés … »
    Il lui en a fallu bien moins pour « bloquer les paysans voilà pas si longtemps ! …

    Les paysans ont eu raison de « pousser un peu » les voitures …

    Confiscation des véhicules ET du matériel des « organisateurs » …

  12. l’article omet de dire que les « raveurs  » sont aussi venus d’italie .
    Vu , les amendes encourues chez meloni

Commentaires fermés.

Quentin Deranque - que s'est-il vraiment passé ?

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

LFI se dresse contre les banquets du Canon français… mais défend les rave party
Yves-Marie Sévillia sur Radio Courtoisie
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois