Que les choses soient bien claires : mon propos n’a nullement pour but de réduire les causes de l’attaque de Rambouillet à une question technique d’aménagement et de protection des commissariats. Le coupable est bien connu et a bien affiché lui-même, sur son profil Facebook, comme par les mosquées qu’il fréquentait, et jusque dans son « parcours » de régularisation, l’ensemble de ses soutiens et des idéologues qui le confortaient dans ses choix : tels imams, tels hommes politiques, tels journalistes.

Cela étant dit, et sans rien savoir non plus des circonstances précises de l’assassinat de Monfermé, ce que j’en ai entendu m’a rappelé l’un de mes passages dans le sas de d’un commissariat, où je venais pour déposer plainte. Sonnerie, interphone, ouverture, la porte se referme derrière vous, verrouillée. Salle d’attente. J’attends. Autre sonnerie, accueil d’un nouvel usager. Puis un autre. Vu l’exiguïté des lieux, je comprends que l’on ne vient pas pour les mêmes choses, que l’on n’est pas du même côté : moi victime, eux viennent faire vérifier les autorisations de leur contrôle judiciaire… J’écoute la conversation : ils sont en « reconversion », disent-ils, après plusieurs séjours en prison. Peut-être vont-ils se lancer dans l’isolation à 1 €… J’ai à peine le temps de me dire que je ne leur confierais pas les clefs de ma maison pour refaire mon isolation que je pense aussitôt que là, dans ce sas devenu piège ou souricière, je suis une victime toute trouvée, facile. Je peux me faire agresser, tabasser, égorger sans que les agents puissent intervenir et, surtout, sans aucune possibilité de m’en extraire. Aucune issue : les deux portes sont verrouillées. Les agents sont bien à l’abri derrière leur vitre. Mais tout peut aller très vite. Moi, ou la vieille dame qui attend pour faire sa procuration. Ou la jeune qui vient porter plainte contre son ex. Je trouvais que, vu le contexte, il n’était pas très judicieux ni prudent de mélanger torchons et serviettes et de les mettre dans le même… sas. J’ai beau savoir qu’il y a des consignes de sécurité, que les agents sont très vigilants sur la surveillance du sas, depuis ce moment d’angoisse, j’évite les commissariats, leurs abords et leurs sas.

Camille Polloni, dans son enquête de Mediapart intitulée « Sécurisation des commissariats : l’impossible quête du “risque zéro” », rappelle les différentes mesures prises et les investissements réalisés depuis 2015. Elle met le doigt sur l’impossible conciliation entre accueil du public et sécurisation. Elle donne la parole à un policier, François Bersani, secrétaire départemental d’Unité-SGP-Police dans les Yvelines, sur les failles des dispositifs de plusieurs commissariats du département, dont celui de : « Ça faisait trois ans qu’on alertait sur la vulnérabilité de certains bâtiments, dont celui de Rambouillet, lors des commissions préfectorales, assure le syndicaliste, citant aussi les commissariats de Plaisir, Élancourt et . La plupart des commissariats des Yvelines n’ont pas de véritable sas ni de portiques de sécurité comme dans les aéroports. »

Mais curieusement, alors que les sas de sécurité sont toujours présentés comme des progrès – ce qu’ils sont indéniablement -, rien n’est dit, ni par les policiers ni par la journaliste, sur le danger qu’ils représentent pour le public ou l’agent désarmé qui s’y trouverait attaqué.

À partir du moment où les policiers et les commissariats sont explicitement désignés comme des cibles et où ils sont réellement attaqués par les et certains groupes de « », il serait logique de repenser vraiment l’accueil du public. Mais encore faudrait-il que ceux qui nous gouvernent aient pris conscience que « nous sommes en guerre », comme ils disent, et en tirent toutes les conclusions.

2 mai 2021

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