« Quand on mettra les cons sur orbite, t’as pas fini de tourner. » Est-ce cette réplique de Audiard qui a amené les quatre Américains à partir dans l’espace pour un voyage qui n’a d’autre objectif que de tourner douze fois par jour autour de la Terre ? Trois jours seulement. 72 tours. Il s’agit d’un vol d’essai destiné à vérifier la prédiction du dialoguiste.

Pour conférer une allure un brin scientifique à l’opération, le tout a été baptisé « mission ». Selon Monsieur Larousse, le mot mission s’applique à une « charge donnée à quelqu’un d’accomplir une tâche définie ». En la matière, la charge consiste à rester assis et regarder par la fenêtre en poussant des « oh » et des « ah » de sidération. Après s’être pâmé 72 fois devant l’hémisphère sud, le nord et le milieu, le sujet se lasse et demande à descendre.

Face à cette débauche d’énergie et de millions de dollars pour le bon plaisir de Monsieur Touriste, le commentateur officiel ne pipe mot. Tant que ce type d’expédition ne se déroule pas à bord d’une Peugeot diesel, il n’y voit pas atteinte à son vénéré climat. Seule une 306 de 1995 sur la rampe de lancement de Cap Kennedy pourrait déclencher les foudres d’Anne Hidalgo.

La recherche du grand frisson « quoi qu’il en coûte » est à l’ordre du jour. Signe de désœuvrement ou besoin d’évasion d’un quotidien trop terne, l’occidental version XXIe siècle est en proie à une surenchère de sensations fortes. Parcs d’attractions alliant merveilleux de pacotille et manèges tourbillonnants, croisières à bord d’immeubles flottants, l’évolution du loisir rivalise avec l’addiction aux produits stupéfiants. Parti du doux effet euphorisant du camping des Flots bleus, le voilà rêvant d’un séjour en pension complète dans la fusée Ariane. Un selfie avec « Alien » moyennant un léger supplément.

Mais assez de dépaysement à des coûts exorbitants. Pour Bill Gates et ses condisciples, la traversée de quelques cités de banlieue fera l’effet d’un changement de planète. Les yeux biens placés dans chaque orbite tourneront sur eux-mêmes 72 fois à la vue de ce nouvel univers. Ici, des continents inexplorés, là-bas quelques extraterrestres en pleine action, des feux d’artifice à tout instant et une animation gérée par des professionnels.

Revenu à son apesanteur habituelle, le touriste richissime trouvera dans son immense domaine des groupes de campeurs venus, eux aussi, se dépayser… Par un échange de bons procédés, un tourisme authentiquement écologique est possible.

16 septembre 2021

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